| Quand Sardou patine... |
Non, pas question que je raconte tout ici, ça ne fait pas. Sujet privé, complètement personnel. D'ailleurs même si vous passiez à la maison, pas sûr que je raconte. Alors ici, où tout le monde peut venir voir... Si, juste un souvenir: nous avions détourné "elle court, elle court, la maladie d'amour..." en "il court, il court, ce mâle plein d'amour...". C'est tout, pas d'autre confidence.
En fait, notre choix avec Achille s'était fondé sur l'immense répertoire de la vedette: bien qu'Achille soit nettement plus jeune, il connaissait les "vieux tubes", et nous avions pensé que ce serait bien de les revivre en "live". Donc va pour SARDOU. Nous en parlons au copain Sergio qui annonce qu'il participerait volontiers avec Lydie. Achille convie sa dulcinée Isabelle, et entame un combat géant pour chopper les bonnes places: ce sera tribune, en hauteur, quasiment dans l'axe de la scène. Impeccable, les billets arrivent.

Bien évidemment, hors de question de changer de lieu de rendez-vous, car Achille et moi partageons cette rare qualité qu'est la persévérance (les mauvaises langues parleraient d'entêtement, mais oublions-les). Malgré nos déboires lors du concert d'Eddy, nous nous sommes retrouvés au Connemara. Sergio est arrivé un peu en retard, mais c'est normal car il abat toujours plus de boulot depuis que ses collègues sont passés aux 35 heures. J'ai commencé à en prendre plein la tête malgré le soutien d'Isabelle et de Lydie, car mes deux compères se sont déchaînés sur les élections truquées de Cabara, les voix que j'avais acheté, les commissions que je monopolisais... Quand les deux se liguent, une seule solution s'impose: la fuite.
Nous avons donc rejoint le parvis de la patinoire où Lydie a négocié d'énormes sandwiches saucisse - oignons - moutarde. Le public commençait à rentrer, il fallait se dépêcher... Achille nous a collé une raclée monumentale: alors que Sergio et moi peinions à grignoter nos saucisses, il a ingurgité son sandwich et ainsi que les restes des demoiselles, en proposant "si vous pouvez pas finir...".
Quelques minutes plus tard, nous rejoignions nos places: vue parfaite sur la scène, bien centré et éloignés des HP de la sono... malgré tout très serrés: il vaut mieux bien se connaître afin d'éviter les embrouilles, car les épaules se touchent et les genoux se frôlent. Le noir complet, puis une intro mélodique... Connemara à coup sûr ! Impossible de trouver meilleure transition.
La suite fut indiscutablement "pro": tout est parfaitement rodé, léché, prévisible... Trop même. Conçus pour des salles plus vastes, les décors dessinés par les projecteurs entrent difficilement sur la scène de Bordeaux. Ce soir là, Michel avait un peu "cassé sa voix", mais ça passait quand même bien. Un bel orchestre, riche en percussions et en cuivres. Six choristes, dont deux filles magnifiques et une sublime: Virginie qui était bien loin, trop loin... Un mélange 50 - 50 d'anciennes chansons et de nouvelles que je n'avais jamais entendues. Quelques beaux effets pyrotechniques. Un SARDOU très statique (au maximum, il déambule de droite à gauche, puis de gauche à droite), peu communicatif. Pas froid, mais tiède. Ca ne "passe" pas vraiment, chacun reste dans son domaine: d'une part un public aussi sage qu'âgé, d'autre part un professionnel qui fait impeccablement son boulot sans jamais parvenir à créer la communion, ce lien magique du partage des émotions. Des musiciens talentueux qui hélas, hélas, ne disposent tout comme sur le CD que de quelques dizaines de secondes pour placer un solo: sitôt commencé, sitôt avorté. A onze heures, la messe était dite: SARDOU regagnera son hôtel puis Paris, où il compte s'occuper de théâtre, et son public bordelais rentrera sagement à la maison.
Bien sûr, je m'étais gardé d'amener mon appareil photo, source de déboires lors du concert d'Eddy. Bien sûr, le copain Sergio qui m'avait tant raillé à l'époque, a fait plus fort: il a confié son minuscule appareil numérique à Lydie qui l'a dissimulé dans son gigantesque sac. Le mec chargé de la fouille a tripoté le sac sans regarder autre chose que les yeux de Lydie, si bien que tout le monde est passé sans problème. Dans la plus parfaite discrétion, Sergio a flashé à de multiple reprises pendant le concert. Je ne résiste pas à vous montrer "la" photo qu'il vient de m'envoyer, en m'assurant que c'était de loin la meilleure.

Il a reconnu qu'il était un peu déçu, car Paris-Match venait de refuser son reportage alors qu'il comptait en tirer un ou deux millions de Francs. C'est rien Sergio, tu feras mieux la prochaine fois!
Nous nous sommes dirigés vers l'Orchidée noire, où une jeune princesse a pris la succession de l'unique Jacky La carte est inchangée, si bien que j'ai pu y retrouver les saveurs d'antan en choisissant MINOUSKA et faire découvrir aux filles des cocktails d'une extrême douceur. Et là, Sergio est parvenu à se servir correctement de son appareil photo, alors que Lydie s'appliquait à goûter tous les breuvages.

