| La Saint Cochon |
Voici
une quinzaine, alors que je venais de procéder à la mise à jour de cette
page, j'allais jeter un coup d'œil sur mon mail. Six messages m'attendaient.
Apparemment des gros, car la barre de chargement ne progressait que très
lentement…
Le correspondant et ami E.T venait de m'expédier une vingtaine de fichiers JPEG accompagnés de quelques commentaires… et de remarques forts désagréables à l'égard de Wanadoo "qui ferait mieux d'apprendre à bien faire fonctionner une messagerie au lieu de faire de la pub à la télé" : il avait tenté d'attacher tous les fichiers à un seul et même message (soit une bonne dizaine de méga octets), et ça n'avait pas marché ! Il était furax. Je lui adressais aussitôt une réponse à l'assurant que tout était finalement bien arrivé ici, tout en lui indiquant qu'au delà d'environ 1 ou 1,5 MB, les messageries craquent car elles ne sont pas conçues pour ces lourdes manœuvres (Achille ne respecte que rarement cette règle : il peut très bien vous expédier un message du type "en P.J, mon disque dur!").
Le lendemain, nous poursuivîmes notre correspondance : le reportage était trop beau, pas question de le massacrer en publiant trop rapidement, il fallait se voir pour affiner le récit, compléter et commenter les images. Rendez-vous fut pris pour cette semaine.
Dès
les premières lueurs de l'aube, E.T parcourait les rues de Besse-en-Chandesse.
Dans sa précipitation, il avait oublié de prendre son chapeau, si bien qu'une
neige fondue venait lui arroser le crâne. Un temps à ne pas mettre un cochon
dehors! D'ailleurs, il n'y avait ni cochon ni gens. Seul l'alambic témoignait
de la préparation de l'évènement. Pourtant, il avait vérifié: ça devait
commencer à 9 heures, dans une petite demie-heure...
Petit
à petit, locaux et touristes se sont agglutinés sur la place centrale. Lorsque
10 heures sonnèrent, un murmure d'impatience parcourut la foule: où était
passé le roi de la fête? Son carrosse était-il tombé en panne? Ou bien avait-il
été enlevé par Brigitte BARDOT? Car voici quelques années, Brigitte BARDOT...
Trop tard, je vous expliquerai après: 10h10, la carriole tractée par l'âne
Gaspard déboule. Elle est entourée de Claude et Aurélie qui ont élevé la
bête à la ferme de la Ribeyre. Boucher à la retraite, le père PICOT se tient
prêt, ainsi que son assistant Kinkin qui pronostique 250 Kg. Bien vu ! La
pesée affichera 240 Kg. Désormais, tout va aller très vite... Paul
(agriculteur à la retraite), et Nanar (scieur), autres assistants, sont
également parés.
![]() Les officiels sont prêts |
![]() Les porciphages s'impatientent |
![]() Un coup de perforateur cérébral, puis c'est la saignée |
![]() Le sang est brassé afin d'éviter qu'il ne caille |
![]() La bête est morte. |
![]() |
Comme vous le savez peut-être, la peau du cochon est recouverte de poils soyeux. Autrefois, ils servaient à confectionner des pinceaux. Par chez moi en Gironde, on portait à ébullition une énorme quantité d'eau dont on arrosait le cochon sitôt saigné; puis à l'aide d'une raclette, on rasait la bête. En Auvergne, ils font plus simple: le cochon est recouvert de paille à laquelle ils mettent directement le feu! Peut-être pour rendre la cérémonie plus spectaculaire?
Pendant que les poils de la bête brûlent, revenons sur Brigitte BARDOT. Voici plusieurs années, avertie de la cérémonie de la Saint Cochon, elle avait formé le projet de se rendre sur place afin de faire cesser le "massacre", et de dénoncer la "barbarie" des porciphages. Les auvergnats l'attendaient de pied ferme... si bien qu'elle a renoncé à intervenir. Les années ont passé, mais à Besse, le souvenir est toujours présent: de multiples voix s'élevèrent par ci par là pour regretter une nouvelle fois l'absence de confrontation, voire pour les plus virulents que ce ne soit pas la peau de "la Brigitte" qui crame!

Notre cochon n'est guère beau à voir après cet incendie: il convient de le toiletter. La carriole s'approche à nouveau, et à grand peine, la bête est chargée afin de regagner le lavoir.
De l'eau, des brosses, une raclette, et notre cochon a retrouvé sa splendeur. Epuisés par l'effort, les hommes tirent le canon ! Symbole de force, vigueur et virilité, la queue du cochon fait l'objet de multiples convoitises. Finalement, elle sera partagée en deux: le premier morceau sera subrepticement glissé dans la poche de "l'ancien", alors que l'autre sera confié à un jeune garçon accompagné du conseil suivant: "mets ça dans ta poche, et surtout n'en parle pas à ta mère!". Les autres devront se contenter des ongles: plongés dans de l'eau de vie, ils la transformeront (peut-être?) en une sorte de VIAGRA, ou de potion aux pouvoirs indescriptibles!
Il ne reste plus qu'à découper et à laisser reposer la viande.
D'autres saucisses et saucissons préparés auparavant cuisent lentement dans l'alambic afin de régaler les passants, alors que les gosses déguisés en cochon défilent dans la ville au son de l'accordéon. Les vrais porciphages se retrouveront autour d'un déjeuner de plus de 800 couverts. La carriole sera soigneusement lavée. Après une bonne sieste, l'âne Gaspar la traînera à nouveau dans les rue de Besse-en-Chandesse afin de promener les gosses.
Ne cherchez pas la Saint Cochon sur votre calendrier, vous ne le trouverez pas. La légende explique cette absence. Au moyen-âge, lors d'une séance de catéchisme, le curé de Besse insista sur la vie exemplaire de Saint Sébastien dont la fête tombait le lendemain: "en ce 20 janvier, vous n'oublierez pas de prier et remercier Saint Sébastien qui nous a montré le bon chemin et a su veiller sur nous". "Rien à voir! protesta un gamin: demain, c'est la fête parce qu'on tue le cochon!". C'est ainsi que serait née la fête païenne de la "Saint Cochon", synonyme pour les enfants comme pour les adultes de solides et délicieux repas.
Un grand merci au correspondant E.T
pour ce reportage !
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