Raid en Auvergne 2003 (6)

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La partie de carte de Belleguette

Vécue et décrite par Oliver !

L'endroit faisait penser à l'arrière-salle d'un clandé de Macao, tripot sordide où se retrouvaient des personnages interlopes au passé chargé et à l'avenir incertain. L'atmosphère était lourde, les mouches volaient bas, le temps était rythmé par les pales immobiles du ventilateur de plafond qui devait trouver inutile de se fatiguer pour de tels individus. Billie Holiday répandait son blues de sa voix désabusée, chargée d'acool et autres substances plus ou moins euphorisantes.

Dans la pénombre quatre quidams étaient attablés autour de verres poisseux qu'ils avaient dû manipuler depuis de nombreuses heures déjà, hypothèse confirmée par la noirceur du ciel que l'on devinait au travers des carreaux et l'épaisseur de l'air enfumé. La table exhibait quelques reliefs témoignant d'une collation récente, et surtout des cartes à jouer qui allaient de main en main en passant par la toile cirée qui recouvrait le plateau. Les joueurs se montraient alternativement muets et bruyants, au gré des aléas de la donne et de la bonne ou mauvaise fortune de chacun.

Mimine, l'espion d'origine mystérieuse déguisé en chat, observait la scène du coin de l'oeil en faisant semblant de dormir, ce qui est le propre d'un chat et qu'avait parfaitement su saisir Mimine. Aucune miette de saucisse ne devait lui échapper et il n'hésitait pas à sauter sur les genoux de l'Auvergnat pour se rapprocher des objets convoités. Pourquoi appelait-on l'Auvergnat "l'Auvergnat"? Nul ne le sait vraiment, mais chacun a sa petite idée sur le sujet... Ce qu'on sait, c'est que l'Auvergnat nourrissait une grande amitié pour Mimine, allant jusqu'à lui donner de quoi calmer sa faim quand c'était nécessaire, et c'est peut-être pour cela qu'on l'appelait l'Auvergnat, qui sait ?

hurla le Renard, ainsi surnommé non pas à cause d'une ressemblance physique quelconque avec l'animal, mais plutôt à cause de ses ruses et fourberies, dont il usait et abusait avec délectation en particulier dans ce genre d'affrontement. Puis il se mit à jeter des cartes sur la table, devant chaque joueur, avec une dextérité qui ne laissait aucun doute sur ses occupations courantes et sur la raison de l'achat récent d'un véhicule de luxe (de luxe mais pas ostentatoire, il était comme ça le Renard).

Toute cette prose ésotérique prononcée par le Renard, le Sourcier assis à sa droite n'y comprenait pas grand-chose, sauf que c'était un rituel qu'il fallait absolument respecter, faute de quoi l'on risquait de graves ennuis dans ce pays peu sûr où rôdent de nombreuses légendes maléfiques; légende, réalité ? que dire, sauf que cela ne coûtsait pas cher d'écouter les incantations en question et, ma foi, si cela permettait d'éviter quelque embarras... Car il ne faut pas rejeter une chose qui ne coûte rien et qui peut être utile, c'était une des règles de conduite du Sourcier, que l'on appelait ainsi car il ne cessait de vanter les qualités de l'eau de la source de Belleguette qu'il fréquentait assidûment.

Comme c'était le Renard qui avait donné, le premier qui devait parler était le Professeur, assis en face de lui, le jeu tournant dans le sens des aiguilles d'une montre. A la gauche du Professeur se trouvait l'Auvergat, qui faisait face au Sourcier qui précédait donc le Renard, assis à sa gauche. Le Professeur aimait les défis intellectuels, principalement s'ils nécessitaient des ustensiles d'origine américaine, petits appareils électroniques dans lesquels ils se régalait à introduire une science au langage incompréhensible sauf des initiés, et il aimait aussi en parler. Il ne refusait pas que Mimine monte aussi sur ses genoux, lui rappelant une ancienne amitié nouée dans un pays lointain qu'il ne reverrait sans doute jamais, tant l'endroit où il se trouvait aujourd'hui semblait hors de l'espace-temps traditionnel. Encore à propos de Mimine, seul le Renard ne semblait pas supporter que l'espion vienne sur ses genoux; réminiscence probable d'une aventure douloureuse enfouie dans l'inconscient du baroudeur.
Après mûre réflexion, le Professeur annonça:

Dans un silence pesant le Sourcier, car c'était son tour de parler, caressa doucement une feuille aux inscriptions cabalistiques qui lui avait été donnée par un moine tibétain Grand Prêtre du Jeu et qu'il gardait pour les parties difficiles, ce qui était indéniablement le cas. Les secondes passent... Sentant ses adversaires au bord de l'apoplexie, il lance alors:

Sur un ton monocorde, le Professeur:

Le Sourcier n'a plus qu'à s'aplatir. Tout semble se dérouler sans heurt, lorsqu'au troisième pli le Renard abat une carte probablement néfaste et l'Auvergnat entonne à pleins poumons son air favori:

S'ensuit alors une certaine confusion durant laquelle le reste des cartes encore en main est jeté sur la table, les comptes sont faits avec une mauvaise foi entraînant quelques éclats de voix, puis chacun, sauf l'Auvergnat, tourne son dé pour marquer ses trois points.

L'Auvergnat sert alors une tournée puis les parties reprennent et se poursuivent dans une ambiance lourde, la pendule égrenant bruyamment les heures qui passent, sans distraire les protagonistes. Seul l'épuisement mettra un terme à l'enfer de leur nuit.


C'est désormais à Super Mickeul
de donner sa version des faits...