Raid en Auvergne 2003 (1)

Préliminaires(1) L'arrivée(2) Techno & balades(3) Brion(4) Brion & balades(5) Belote de comptoir(6)

Fin juin, j'étais prêt à partir, E.T était prêt à me recevoir: il avait même fait provision de victuailles pour mon séjour.

Le soir du 24 juin, aux alentours de 21 heures, je sors d’une réunion à Branne : bizarre, le ciel semble très noir. Je pars tranquillement afin de parcourir les 4 Km qui me séparent de mon domicile. Etrange : la poussière vole sur quelques parcelles asséchées, les arbres commencent à se tordre dans tous les sens, de grosses gouttes m’obligent à lancer les essuie-glaces : ça sent l’orage. Toutes les fenêtres du premier étage sont ouvertes chez moi, il faut se dépêcher. Prudemment, je gare la voiture sous le hangar, car si l’électricité se coupe, ce sera le bazar pour lever le rideau électrique du garage à la manivelle. Protégé par le parapluie qui traîne toujours dans ma malle, je cours vers la maison. Premier étage, je commence à fermer alors le vent de déchaîne. Soudain, plus de lumière : tant pis, je continue à fermer… Le majeur de ma main droite (hélas, je suis droitier !) est frappé par un volet qui se rabat brutalement. Ca fait très mal, mais tant pis, il faut continuer à fermer…

Je ne sais pas si vous avez déjà tenté l'expérience: avec un doigt en sang, descendre un étage, dénicher la torche cachée dans un tiroir, allumer deux bougies dans la cuisine, aller dans le placard à pharmacie, trouver le flacon de désinfectant, la gaze, le Micrope (scotch) adapté, ramener le tout sur la table de la cuisine, chercher des ciseaux car évidemment la gaze est trop grande, et mélanger désinfectant, gaze, et scotch pour vous faire un pansement en utilisant la main gauche, et en n’ayant qu’une envie : hurler de douleur ! C’est super chouette ! A la fin, ça donne un pansement bancal et énorme, qui rend quasiment inutilisable la main droite.

J’ouvre le réfrigérateur : bizarre, il ne s’allume pas… Non ! Normal, il n’y a plus d'électricité. Ce sera repas froid, genre sandwich. J’ouvre quand même une fenêtre histoire de voir : tout est calme, ni vent, ni pluie. La bourrasque n’a duré qu’une dizaine de minutes, j’étais occupé à me soigner, je n’ai rien vu.

Le journal appelle depuis Bordeaux quelques minutes plus tard :

• T’as des dégâts chez toi ?
• Aucun ! C’était rien : beaucoup de vent, mais ça a duré dix minutes maxi…
• Il paraît que ça a fait des ravages dans le Brannais. Tu peux appeler le centre de secours de Branne ?
• Bien sûr !
• Tu nous tiens au courant ?
• Ouais…

Je pense qu’à Bordeaux ils s’affolent pour rien, mais j’appelle quand même le centre :

• Bonsoir, c’est Peif ! Y a du grabuge ?
• Partout ! Pas le temps de ta parler, on a plein d’appels. Tu viens quand tu veux, et gaffe aux arbres en travers de la route ! Chao !
• A de suite…

Il faut grouiller : vérifier le sac photo ? Pas la peine, je ne l’ai pas ouvert, il est opérationnel. Il suffit de partir, en prenant la tenue de combat pluie – orage… Nul, il ne pleut plus. Go ! Je conduis prudemment : quelques petites branches sur la route, rien d’autre. Au centre de secours, c’est l’alerte générale : tout est illuminé, des renforts arrivent, la radio crache un incessant flux d’informations, alors que la rotation des véhicules de secours s’accélère. Le major me conseille de suivre une équipe qui va tenter de dégager la D936 au-delà du pont, vers Castillon-la-Bataille.

C’est le désastre : le convoi stoppe, tronçonne, jette les branches arrachées sur le bas-côté, et repart pour avancer de quelques dizaines de mètres. Je flashe au mieux, sans les gêner, avant de faire demi-tour et de revenir au centre. D’autres équipes arrivent en sueur, avalent un café, et repartent vers une nouvelle mission avec un pack d’eau minérale. Des villages sont coupés du monde : plus d’électricité, plus de téléphone, les batteries des portables s’épuisent. Les informations continuent d’arriver : des vignes hachées par la grêle, des toits envolés, des champs de maïs couchés. J’appelle le journal, ils prennent mes infos pour un papier générique qui paraîtra dès le lendemain.

Il faudra continuer de couvrir la catastrophe. Dès le lendemain, j’appelle E.T – qui est déjà au courant de la tornade via la télévision – et nous décidons de reporter les vacances en Auvergne à une autre date.

Dans les jours qui suivront, je ferai de multiples reportages à la suite de cette tempête : des viticulteurs qui ont tout perdu, des villages dévastés, des maires qui se débattent pour reloger des gens sans abri, et le président de Région qui viendra sur les lieux mesurer l’ampleur des dégâts…

De son côté, E.T bouffera pendant une semaine un kilo de pâté spécialement préparé à mon attention ! Tout en s’inquiétant de mon doigt blessé, qui une grosse semaine plus tard avait retrouvé son agilité.


Ensuite, ça s’est compliqué : mon calendrier ne correspondait pas à celui, d’E.T, et réciproquement. D’autres copains souhaitaient se joindre à moi pour un séjour en Auvergne. Après quelques dizaines de mails et de coup de fil, tout a fini par se cadrer : E.T (qui n’a pas encore de site, on se demande pourquoi), Olivier (voir son site ici), Super Mickeul (voir son site ici) et moi avons décidé, avec la bénédiction d’E.T, d’organiser un raid vers l’Auvergne le mercredi 20 août 2003, avec retour le samedi 23 août.

Le trajet avait été optimisé avec le logiciel « Via Michelin » (que je vous recommande, les cartes sont splendides), et affiné par le conseil d’E.T. Super Mickeul, qui avait acheté la dernière version papier du même guide Michelin, a joué le rôle de copilote – navigateur à la perfection: bien mieux qu’un système GPS ! A l’arrière du coupé, Olivier n’avait pas la meilleure place, coincé par nos bagages, car la malle était encombrée de 48 bouteilles de Bordeaux et de 20 litres de rosé en cubitainer !

Nous avons péniblement contourné Périgueux à 35 Km/h derrière un camion, car là-bas, ils sont en travaux. Nous avons évité la traversée de Brive en prenant un bout d’autoroute vers Limoges, avec d’emprunter la nouvelle qui mêne presque à Clermont-Ferrand. Et après une multitude de virages… Nous avons jeté l’ancre à Belleguette !

A suivre...