| La contagion portable |
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Initialement, le dîner-débat devait permettre de faire le point sur l'actualité en ce début de mois d'août 1999. Les sujets ne manquaient pas: Cohn-Bendit à la mairie de Paris cumulant le poste de Premier Ministre sous la présidence de Jospin? BNP/SG/PARIBAS face à ELF/TOTAL ? Comment contacter le nouveau roi du Maroc pour qu'il apporte son soutien à l'association des usages de la rive droite pour libérer la cinquième voie du pont d'Aquitaine? Sans oublier les conséquences dévastatrices de la dioxine sur l'économie belge... Difficile d'entrer dans le vif du sujet, car Branko venait d'acheter un portable. Je dois dire que j'étais très content de sa décision: plus facile de le joindre pour monter à brûle-pourpoint une fête de dernière minute, de l'associer à une pétanque ou un dîner improvisé, ou tout simplement de discuter alors qu'il se dore au soleil de son île favorite. Je ne sais pas si vous avez remarqué: dès qu'un copain achète un portable, c'est parti pour le test comparatif genre "60 millions de consommateurs". D'ordinaire, cela ne prend quelques minutes: l'extase sur la dernière fonction à la mode passée, on enregistre le numéro, et basta! Ce soir là, impossible. Pour une raison toute simple: il y avait George. Figurez-vous que George déclara qu'il envisageait l'achat d'un portable. Attention, j'ai bien dit "envisager", ce qui se normalement se traduit par "préparation immédiate d'un investissement qui se concrétisera dans 15 ou 20 ans". D'ici là, les bébés seront opérés dans les maternités pour être équipés des cyber-puces sous-cutanées SFR, ITINERIS ou WORLD COMPANY en version communication permanente illimitée pour une durée non révisable d'un siècle au tarif promotionnel de 99.950 € (si vous ne lisez pas le sigle "€" euro, vous n'êtes vraiment pas prêts pour l'an 2000)... George a posé mille questions, a comparé le Siemens, le Nokia et l'Ericsson avant de procéder à de multiples essais. Son intérêt pour cette technologie allait croissant, alors que le niveau de la bouteille de Ricard décroissait à vue d'oeil ! Nous fumes merveilleusement accueillis à la terrasse du Moulin, où nous profitâmes pleinement de l'unique soirée sans orage de la semaine. Je me joignais à Branko et SuperMickeul pour la grande manoeuvre de séduction marketing: nous expliquâmes à George qu'il ne pouvait ignorer plus longtemps la mobilité communicante. Encore dopé à l'iode de l'île d'Oléron, Branko improvisa des tonnes d'arguments baroques, alors que SuperMickeul jouait le rôle du sage en assénant méthodiquement des vérités basiques. Je lus dans le regard de George une sorte de rêverie béate alors que nous dégustions l'ultime digestif. Malgré tout, je me refusais à croire qu'il puisse basculer rapidement. George avance avec beaucoup de précautions... Tenez, par exemple, il a "emprunté" à un très bon copain un téléphone / répondeur / interrogeable à distance. Mais il paye toujours 23 francs par mois à France Télécom pour le S63 à cadran rotatif qui avale tranquillement la poussière au fond d'une armoire... Trente six heures plus tard, je reçus un coup de fil (d'antenne?) de George. Il m'a donné le numéro de son nouveau portable SIEMENS. Je n'en suis pas encore complètement remis. En tout cas, |