| Mauritanienne Race 200 - Avant course |
Prélude - Avant course - La course - Après course - Les exploits de Joël
A force de croiser sur les sentiers de montagne des marcheurs passionnés
qui me racontaient l’immensité du Sahara, les paysages grandioses
des courses comme la Désert Cup ou le Marathon des sables, l’envie
de désert s’est peu à peu immiscée dans mon esprit
curieux..
En début d’année, je retrouve un bulletin d’inscription:
«
Mauritanienne Race 200, l’aventure à vos pieds en Mauritanie! » Première édition.
Le côté « aventure » m’attire. Pas d’autosuffisance,
simplement un petit sac à porter pendant la course. Ravitaillement tous
les 20km. Super!
Départ prévu le 11 mars de Azougui et arrivée au même
endroit après une boucle de 200km non stop dans le désert de
l’Adrar, près de Atâr.
Température prévue à cette période : 30 à 35° la
journée et 10° la nuit.
Pistes de caravaniers, traversée de dunes, d’ergs, de regs, d’oasis,
de palmeraies, de villages. Beaucoup de sable, évidemment.
L’ association trail 91 organise déjà quelques courses
en région parisienne.
Les deux J.Pierre, Delhotal et Poidevin ont une grande expérience du
désert (trans Mauritanienne 333k non stop notamment). Ils partagent
avec Martine Napolitano la mise en oeuvre de l’évènement.
«
dépêche-toi de t’inscrire, mais c’est pas gagné,
on a très peu de volontaires. Il faudrait 35 coureurs minimum, et pour
le moment, on est plutôt dans les 20 »
Merde! Je contacte les copains, les copines, mon frangin: « allez, venez, ça
va être super. »
Je balance des tas de messages sur l’internet, je racole. J’arrive à décider
Patrice Lagarde, multi Iron man, que je connais un peu. Allez, hop! Embauché.
Devant l’insistance des coureurs, et tenant absolument à ce que
cette première ait lieu, l’organisation revoit son budget et nous
dit banco le 15 janvier. C’est vraiment juste pour les réservations
avion, mais ça passe. On n’y croyait plus. 26 inscrits: on va pas
se gêner, dans le désert.
Fait pas chaud pour s’entraîner. Je passe de 50 à 90km
d’entraînement hebdo, progressivement.
Beaucoup de sorties à 11/12km/h, et un peu de 30/30 pour garder la pêche.
Une sortie longue tous les w.end, 30 à 45km. Je fais les deux dernières
avec Patrice, en situation de course: terrain sablonneux entre Pyla et Biscarosse,
45km, sac de course sur le dos. On s’y croirait presque.
Samedi 8 mars à Marignane, on retrouve l’équipe « asso
trail 91 » presque au complet.
J.P Delhotal et Martine Napolitano nous donnent les dernières infos: tout
va bien! Il y a aussi Karim Mosta, rencontré à La Réunion,
qui vient courir là son 98ème raid, et deux ou trois autres coureurs
et accompagnateurs. Rdv au guichet « point Afrique » à 6h30
le lendemain matin.
On fait connaissance avec Christian Ginter (16 Marathons des sables...) et les
inséparables Minot et Klauss, qui ont gagné dernièrement
le Boa vista, au Cap Vert. Y’a du beau monde.
Quelques virages
sur l’aile au raz des montagnes et l’avion se pose
enfin: 12h50, heure locale. 35° nous annonce l’hôtesse.
Le boeing roule pendant 10 minutes sur la longue piste, nous laissant le temps
de découvrir doucement la Mauritanie. Des petites cases en terre cuites,
des enfants qui courent pour voir l’avion, des femmes voilées, des
chèvres qui gratouillent la rue à la recherche d’un improbable
repas, des voitures désossées.
On s’arrête à deux pas du petit bâtiment. La porte s’ouvre,
on suffoque. L’air est horriblement sec. Le nez et la gorge me brûlent
en descendant la passerelle.
Deux militaires se donnant la main nous saluent d’un calme et doux
sourire:
«
bonjour, ça va? bon voyage? » .
On se traîne jusqu’au contrôle de police, à l’ombre.
Faut remplir une fiche.
Un militaire colle 2 timbres sur mon passeport, un deuxième, apparemment
plus gradé, appose un tampon, un troisième griffonne un truc ou
deux, et le quatrième, l’oeil complice me dit: « alors Delmas,
on reste une semaine? »
Pause: un bidasse apporte le thé à ses collègues.Un cinquième
regarde mon passeport et m’invite à passer à côté.
Je passe du contrôle militaire organisé au
millimètre à un
sacré foutoir. Je ne comprends pas ce que veulent tous ces types qui
hurlent derrière leurs guichets. Mais c’est quoi, ça ?
C’est le bureau de change! L’un d’entre eux manque se faire
lyncher par les autres parce qu’il m’attire par la manche. Chaud,
chaud. Je change et je rejoins les autres à l’extérieur.
On est tout de suite « scotchés » par une nuée de gamins
qui veulent tous nous vendre un chech (turban).
« eh msieur, eh msieur, donne moi un stylo! »
« eh msieur, eh msieur, donne moi un cadeau! »
On se dégage un peu et Martine nous indique ... notre bus! Je m’attends à voir
apparaître Ventura ou je ne sais quel barbouze de derrière le volant.
Il roule encore ce truc là? On charge les sacs sur la galerie et on monte
dans le camion? bus? enfin, le véhicule quoi.

La traversée de Atar nous le confirme. Il y a autant de chèvres
que de piétons dans la rue, au milieu de la rue d’ailleurs. De petits ânes
tirent vaillamment des remorques, parfois sans personne dessus. Ah si, y’a
un gamin qui court après!! Des voitures d’un autre âge, souvent
sans phares ni portières circulent au milieu de tout ça, en parfaite
harmonie. Plus personne ne dit rien, les yeux écarquillés, ne sachant
plus où regarder.
Direction Azougui, à 10km au nord ouest. Le camion brinquebalant frise
les 50 à l’heure.
A un petit col, une passe comme on dit ici, le camion s’arrête. Le
chauffeur essaie de retrouver cette foutue deuxième au fond de la boîte.
Plus prudent pour descendre sans danger la rampe vers le village que l’on
devine là-bas, près des palmeraies. Des tikits, petites cases en
pailles, quelques maisons en brique de terre. Le camion pénètre
sur le petit parking de l’auberge.
Sous une superbe tente où il fait presque frais, J.Pierre et Martine nous présentent à Saad, le maître des lieux. Omar (le cuisto) et son équipe nous servent: tomates, couscous et quelques dattes. Grand luxe, normalement c’est plat unique dans ce pays, enfin pour ceux qui mangent tous les jours...Ensuite c’est le rituel du thé. Il y a toujours trois services.
« le premier est corsé comme la vie
le deuxième doux comme l’amour
le troisième suave comme la mort... »
C’est très
bon, très fort, très sucré. « Si
tu pars avant d’avoir savouré le troisième, c’est
que la compagnie ne te convient pas... » précise un Mauritanien.
Nous quittons l’ombre de la tente pour nous installer. Patrice et moi héritons
d’un tikit. Une natte posée à même le sable et
deux matelas de 10mm. Confort sommaire.
Vers
18h, profitant d’une température plus clémente, je
vais faire quelques pas sur la piste. Une dizaine de gosses m’accompagnent,
m’assaillant de questions. L’un d’entre eux veut absolument
que je vienne voir son jardin et boire le thé dans sa maison.
A leurs yeux nous sommes tous des champions du monde fortunés,
des Zidane.Mais nous on gagne rien à venir courir là, c’est juste pour le plaisir. Ils ont du mal à le croire. |
|
Le
sport pour le plaisir dans un pays où la préoccupation
principale est de rester en vie et de trouver à bouffer, faut
du temps pour expliquer! Je reste aux alentours de l’auberge, j’admire
le coucher du soleil. Je me gare pour laisser passer un autre « bus » du
désert. Superbe! |
|
Ce
soir là, en buvant le thé nous faisons tous connaissance
petit à petit.
L’ambiance est excellente. |
Patrice et moi partons faire un petit footing à jeun. Il fait déjà grand jour, mais la température est agréable. On trottine pendant 1/2 heure sans croiser personne. Très bonnes sensations, envie d’en faire plus, mais faut en garder sous la semelle, demain, ça sera dur.
![]() |
![]() |
Commence alors la préparation du sac de course à présenter
aux commissaires, avec tout le matériel obligatoire (poche à eau,
boussole, couverture de survie, aspivenin, etc) et des sacs de ravitaillement.
Des 4x4 partiront en début d’après-midi pour les déposer
aux endroits convenus. Ils seront sous la surveillance de mauritaniens la nuit
de lundi à mardi.
Contrôle médical: on a tous une tension élevée,
un pouls rapide. La chaleur, le stress?
« eh! t’es sûr que c’est pas l’infirmière
? »
On boit des litres d’eau pendant le repas.
Je me demande ce que je fous au milieu de tous ces « pros » de
l’ultra....Mais
on vit un moment unique, c’est super d’être là, maintenant,
pour cette première édition.
Je pars me faire une petite sieste, histoire de bien apprécier la position
allongée, à l’ombre, ce qui risque faire défaut dans
quelques heures. En fin d’après-midi j’achète quelques
souvenirs aux artisans locaux installés à l’entrée
de l’auberge. Ici, on n’achète pas, on marchande, on palabre
en buvant le thé, on troque. Faut pas se presser.
Briefing
J.P Delhotal vient de revoir tout le balisage de la course: 11h de 4x4.
«
On a eu quelques problèmes de kilométrage lors du balisage la semaine
dernière.
Ici, les 4x4 n’ont pas forcément tous un compteur en état
de marche. Il nous manque un peu de distance »
«
c’est pas grave !!! »
« alors sur votre road book, faut rajouter une petite boucle au nord du
cp8 »
« oohhh.... »
«
allez, bon appétit, et reposez-vous bien, demain il va faire très
très chaud. Surtout, buvez beaucoup. Départ à 8h. »
Personne ne traîne après le repas. Sauf le staff, qui revoit tous
les détails.
Prélude - Avant course - La course - Après course - Les exploits de Joël