Mauritanienne 2004 - La course (2)

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Tout est là : la chaleur, le silence, les dunes là-bas au loin…

Après une dizaine de Km, le sable mou est de retour et casse les jambes. Mon genou se rappelle à mon souvenir. J’ai mal à la tête. Une bouffée de chaleur me fait m’arrêter quelques instants. Merde ! Ca tourne comme l’an dernier, au même endroit. Je me traite de noms d’oiseaux. « C’est malin tiens, tu sais pourtant qu’il ne faut pas aller trop vite en plein milieu de journée ! Il faut que tu tiennes, il faut que tu tiennes ! ». Je m’arrête sous un bosquet, je bois, je m’arrose la tête et les jambes pour refroidir tout ça. Merde ! Je crampe dès que je bouge. Je reconnais les symptômes de la déshydratation. J’essaie de me calmer, de ne pas trop paniquer ; ça va passer, hein !?

René arrive à mon niveau et vient voir ce que j’ai.

• Tu veux que j’appelle le toubib ? Tu veux que je signale au CP3 que t’es pas bien ?
• NON ! C’est rien, je refroidis un peu et je repars, merci.

Quelques minutes de repos, pendant lesquelles je vais puiser au fond de moi je ne sais quoi qui fait que j’arrive à passer ce mauvais cap et je repars, tout doucement, vers ce foutu CP3, inaccessible l’an dernier. Mais ce n’est pas gagné. Je marche difficilement. Le CP n’arrive pas, le sable est de plus en plus mou, j’ai les jambes en coton. La nuit commence à tomber… Et moi avec, à genoux pour gerber tout le contenu de mon estomac.

Je me relève à nouveau et après quelques centaines de mètres j’aperçois enfin le CP3 : 60ème km. J’ai mis 3h50 pour faire cette 3ème portion difficile. Il est 19h. Yannick est là, pas l’air frais non plus, mais il repart avec Michele, le suisse italien.

Je m’écroule sur un matelas. On me fait chauffer une soupe de légumes, je mange sans appétit un truc sucré et j’essaye de dormir. Mais c’est le bordel dans ce CP ! Trop de bruit, trop de monde qui geint. Noëlle, une des deux concurrentes de la course arrive en 4x4. Elle est prudemment allongée sur un tapis : déshydratation, insolation. Cela me rappelle quelque chose. Je suis très déçu pour elle. Je sais ce qu’elle ressent à ce moment là.

Impossible de me reposer ici. 2h10 plus tard, je décide d’aller dormir plus loin, au CP4 par exemple… Mes pieds sont en compote. Malgré les guêtres, le sable est rentré sur le devant des chaussures pour aller se loger dans la doublure. Je me retrouve donc avec en gros deux pointures en moins, les orteils recroquevillés et des ampoules à chaque talon.

Je repars du CP avec J.Claude, Patrick et Christian. La nuit, le balisage est assuré par des bâtons lumineux. Un tous les 400m environ. Quand on en dépasse un, on doit voir le prochain, mais ce n’est pas toujours évident. Le ciel est immense et pour oublier mes petits bobos, je contemple l’immensité de la voûte étoilée. Cette portion me paraîtra interminable. Pas trop de plaisir avec toutes ces douleurs lancinantes. Je serre les dents en me disant que je me ferai soigner à la prochaine halte. Mais que c’est long !

J’aperçois le feu de camp du CP4. Ouais, et bien patience mon grand, on voit loin dans le désert. J’y arrive… Une heure après ! Enfin du repos. Il est 0h48. Mohamed Magroum, le futur vainqueur est déjà reparti de là… à 18h15 ! On ne joue pas dans la même cour.

Je signale mes mésaventures et aussitôt le toubib et une infirmière s’occupent de moi.

• Tes ongles vont sauter, enfin au moins 5 ou 6 sur dix. Oh p…. les ampoules aux talons ! Tu devrais courir en marche arrière, ça t’éclairerait un peu…

On me bichonne, et après une bonne soupe chinoise aux pâtes, je règle ma montre pour un réveil deux heures plus tard. Gros dodo, un peu à l’écart du CP sur un matelas moelleux.

4h10 : c’est donc après 3h20 d’arrêt que je repars, presque frais. Sur les conseils de JPP, un des organisateurs, j’enlève les semelles de mes chaussures pour faire un peu de place à mes orteils enturbannés, et c’est avec un semblant de confort que « j’attaque » cette nouvelle portion de parcours. Je décide de courir doucement, et après quelques centaines de mètres douloureuses, autant pour mon genou que pour mes pieds, je reprends un bon petit rythme. Je double J.Claude, emmitouflé dans son K.Way. Un peu somnambule, non ? C’est l’immensité qui est impressionnante là. On est sur un plateau pendant plus de 50km. JPP me rattrape avec son 4x4 :

• tout va bien ? tu veux de l’eau ?
• ça va, merci. C’est loin encore le CP5 ?
• encore 7 ou 8 Km, tu y seras bientôt, le jour va se lever

J’y arrive en effet une bonne heure plus tard, après 3h10 de course non-stop, au moment où le soleil se lève. C’est sublime. Il est 7h20.
Les mauritaniens me proposent un excellent thé à la menthe très sucré. Gérard qui a décidé de suivre la course dans un des 4x4 me prend en photo et m’encourage chaleureusement.

• C’est bon là Joël, tu finis cette fois ! Plus que 100 petits km et c’est gagné !

Il en a de bonnes lui, plus que 100 bornes ! Mon pote Yannick est là. Pas trop mal, mais un peu « avarié » comme on dit à La Réunion. Je suis étonné qu’il ne soit que là, je le croyais plus loin.

• on repart ensemble si tu veux ? me propose-t-il
• non, vas-y, tu vas plus vite

Je retrouve aussi, et ça c’est géant, une deuxième paire de pompes. Sans sable dans les doublures, et un petit peu plus grande que les autres. Le grand confort. Je peux même remettre mes semelles.

Yannick repart et je lui emboîte le pas une demi-heure plus tard, après une heure d’arrêt. Je cours avec beaucoup de plaisir, chaussé à neuf ! Mais à partir de 9h30, le soleil recommence à chauffer.

J’alterne marche et course jusqu’au CP6. 3h05 de course. Pas mal. Il est 11h25. Le CP6 est au milieu de nulle part, à côté d’un puit où s’abreuvent quelques chèvres. Il n’y a pas grand monde : une commissaire de course qui me bichonne, un mauritanien qui me fait du thé, et… Yannick qui cale un peu.

• qu’est-ce tu fais, tu repars tout de suite ?
• non Yan, je laisse passer le gros de la chaleur et après on verra

Il fait une chaleur à crever sous la tente. Je traîne deux matelas sous un petit arbre à proximité et conseille à Yannick de venir me rejoindre, il y a un peu d’air. Je m’arrose entièrement, et m’allonge sur le matelas. Il fait presque bon. JPP arrive. Simone et Michele sont avec lui. Ils ont dû abandonner. On plaisante, on se détend.
Je mange un peu de riz chaud , du fromage proposé par Simone. Du véritable parmesan au fin fond du désert, ça ne se refuse pas ! Tout en discutant, je refais mon sac et me prépare à repartir. Yan s’éloigne un peu et vomit tout le bon riz mauritanien.

• je crois que je vais arrêter là
• attend un peu, et repars à la fraîche
• je ne crois pas, non. Je tiens plus debout

Je finis mon sac, me relève doucement. On dirait que ça va.

• tu repars ? » me demande JPP.
• oui, je vais y aller, faut que je fasse le trou maintenant

Yannick ne repartant pas, me voilà cinquième, ça motive. Les autres sont loin derrière. Je laisse tout ce petit monde et quitte presque à regret ce havre de paix.

Je vais être prudent. Ce serait trop nul d’abandonner maintenant. Mes bidons et ma poche à eau sont pleins, j’ai rajouté un chech sous ma casquette et c’est d’un pas de promeneur que je m’éloigne pour affronter la fournaise.

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