La marche sur le feu

Une cérémonie chargée de significations et d'émotions

Dimanche dernier, Line m'apprend qu'une de ses élèves l'a une nouvelle fois invitée à la cérémonie de la marche sur le feu, rite de la communauté Tamoul, fortement représentée ici à La réunion (environ 30% de la population). Toujours curieux, je lui dis de confirmer notre venue et sur les coups de quatre heure de l'après-midi nous voilà devant le temple du village de l'Eperon.

Il fait très chaud, et la foule commence à se presser contre les barrières qui nous interdisent l'accès au temple. Nous devrons rester à l'extérieur de ce périmètre où seuls sont admis les proches des marcheurs.

La cérémonie est prévue vers 18h, mais nous avons bien fait d'arriver très tôt, sinon, pas possible d'assister convenablement à tout ce fabuleux spectacle d'un autre monde. Nous sommes très vite coincés contre les barrières. Le brasier ajoute encore un peu à la chaleur. J'imagine la taille du grill que l'on pourrait y installer….

Deux Malbar (c'est un autre nom pour les Tamoul) tassent et égalisent les braises à l'aide de bambous, et font s'échapper des nuages de cendre.

Les préparatifs s'accélèrent petit à petit. Des prêtres purifient le « carré » de feu.
Ils veillent à ce que tout soit prêt pour l'arrivée des marcheurs.
Mais où sont-ils, me direz-vous ? Et bien eux, ils sont debout depuis 2h du matin et prient dans un petit temple situé dans une ravine à deux ou trois kilomètres de là. On entend d'ailleurs les tambours qui les accompagnent se rapprocher. La tension monte d'un cran dans le public.

Les marcheurs arrivent, et pénètrent dans le lieu saint.

Ils se dirigent ensuite à l'intérieur même du temple où ils devront encore prier devant de nombreuses représentations des saints.

A leur suite un immense char fleuri, tiré par une dizaine de personnes, est installé près du brasier.
Le bac dans lequel les marcheurs viendront se tremper les pieds après avoir traversé la braise est rempli d'un mélange de lait, de sable et d'eau.
Les prêtres commencent alors à recouvrir le périmètre des braises avec des pétales de fleurs multicolores et procèdent aux derniers gestes rituels.
Tout est prêt maintenant. Un bouquet est jeté au milieu du brasier.

Les traits sont tirés, leurs regards rivés sur le « carré »…

Dans un vacarme assourdissant, les musiciens font leur entré, suivi des marcheurs qui font le tour des braises.
Tous vont ensuite se ranger derrière l'autel, et après une dernière prière, deux prêtres montrent l'exemple, traversant la braise incandescente d'un pas mesuré et tranquille.

La foule crie « KARLI ! KARLI ! »

Revenus à l'autel, les prêtres font signes aux marcheurs de s'approcher deux par deux, et après une bénédiction les autorisent à traverser le brasier. Les marcheurs crient alors à leur tour « Karli ! » en même temps que la foule et traversent fièrement les braises.

Je regarde le public autour de nous : certains prient, d'autres n'arrivent pas à détacher leurs yeux de ce spectacle …saisissant !

Ils sont une soixantaine de marcheurs à avoir fait carême et à faire offrande ainsi à leurs dieux. Des jeunes, des plus vieux. Certains marchent très lentement, d'autres courent presque.

Un des prêtres passe tranquillement en tenant son jeune fils dans ses bras. Le marmaille lève très haut ses petites jambes, tellement ça chauffe !!

Alors que la nuit commence à tomber, c'est au tour des femmes de faire leur offrande. Mais elles ne marchent pas sur le feu, elle font juste le tour du carré en se prosternant tous les trois mètres.

Après tous ces rituels, les marcheurs, les prêtres, et tous les proches entrent dans le temple et vont à nouveau prier pour remercier les saints de leur avoir donner le courage.

 

Nous les laissons à leurs prières et regagnons notre case, gardant je pense pour longtemps en mémoire ce souvenir peu banal.

Par Joël Delmas
Décembre 2004