Avertissement
presque légal
Le texte qui suit ne fait que plus
ou moins partiellement appel à l'imaginaire,
et les illustrations qui l'accompagnent qu'à un nombre plutôt restreint de
trucages.
La taille et la couleur des caractères
ont été choisies afin de rendre ces lignes quasiment illisibles.
19 décembre 1999
Retrouver les copains (voir Retrouvailles
1), c'est aussi découvrir
leur
descendance.
Faisons connaissance avec Julien, le plus jeune fils de Richard. Il a
récemment
fait la une de l'actualité à la suite d'une (presque) incroyable aventure. La
Page à Peif a réussi à obtenir l'exclusivité de son interview!
Toulouse, 18h55. L’excitation qui m’envahit me fait presque
oublier le vent glacial qui balaie les allées Jean Jaurès : après une longue
enquête, je suis sur le point de rencontrer Julien M., héros aussi discret que
méconnu d’un épisode majeur de la vie politique et sociale française. Brillant
étudiant en seconde année de
l’IUT d’informatique Paul Sabatier de Toulouse, il va peut-être me révéler
quelques uns des secrets qu’il détient.
L’enseigne rouge du TEXXAS CAFE de la rue
Castellane qui déchire ce début de nuit de décembre accroche mon regard. A l’intérieur,
des murs jaunâtres décorés de multiples publicités de bières et de whiskies,
entre lesquels des piliers teintés vert acide découpent de petits box. Je le
reconnais se suite, discrètement installé dans un recoin du comptoir de bois
massif surplombé de fanions multicolores. Il apparaît encore plus grand lorsqu’il
glisse de son tabouret pour me tendre la main. Je me débarrasse de mon blouson
alors qu’il m’invite à s’installer à ses côtés. La chaleur ambiante n’a pas
encore réussi à faire fuir mes frissons. « Vous
avez froid ? » demande-t-il dans un léger sourire. « Un peu… » dis-je en imaginant que ce grand gaillard
doit résister aux conditions les plus extrêmes. « Je
peux arranger ça ! » affirme-t-il. « Vous
me laissez passer commande ? ». J’acquiesce. Une minute plus
tard arrivent un pichet de Margarita accompagné deux MEXICAN CAFE. Julien m’invite
à commencer par le café, qui est en fait un mélange de café, de Tequila et de
Kaluha : le breuvage explose dans ma tête alors que Julien verse aussitôt
la Margarita dans les verres. Je songe que le proverbe « tel père, tel
fils » s’applique une fois de plus… Il faut que je me dépêche de commencer
l’interview si je ne veux pas m’écrouler en chemin. J'attaque:
- La Page à Peif :
écoute, on va pas se la jouer à la Karl Zéro qui demande à la fin… On se tutoie
de suite ?
- Julien M. :
sans problème.
- Merci ! On commence par la photo qui
a fait le tour du monde ?
- A chaque interview, c’est la même chose !
La photo, toujours la photo, encore la photo…

De gauche à droite: Jean Glavany (Agriculture),
Marylise Lebranchu (PME, Commerce et Artisanat), Lionel Jospin
(Premier Ministre), Jean-Jack Queyranne (Outre-mer), Julien M.
(IUT informatique Paul Sabatier, Toulouse)
- La Page à Peif : Essaye de
comprendre ! Les lecteurs de la page à Peif sont avides d’informations…
- Julien M. : Pose tes questions,
on verra.
- Comment as-tu fait pour te retrouver avec
Jospin aux Antilles ?
- Une fois de plus, c’est un coup de mon
père !
- Richard M, le célèbre chercheur
biologiste de la Faculté de Toulouse ?
- Lui-même.
- Comment a-t-il fait pour te propulser dans
cette aventure ?
- C’est une longue histoire… Depuis 1992,
je passe la plupart de mes vacances aux Antilles en famille. Cette idée vient
de mon père. Il loue des monocoques ou des multicoques sur place, qu’il barre
avec une bande de potes. D’ailleurs là-bas on le voit pas souvent…
- C’est à dire ?
- Depuis le lycée Théophile Gautier de Tarbes,
il a toujours fréquenté des copains assez peu recommandables.
- Du genre ?
- Boucaniers, flibustiers, pirates… Des joyeux
lurons, plutôt marginaux, tu vois le genre ?
- Très bien !
- Ils consomment autant de rhum que les voiles
avalent de vent !
- Ils ont participé à ton éducation ?
- Beaucoup !
J’en connais autant sur
les cocktails locaux que sur la navigation.
- C’est mieux de commencer jeune… Revenons
à cette photo.
- Mon père a rencontré Claude Allègre, notre
Ministre de l’Education Nationale et de la Recherche, lors d’un congrès à
Moscou.
- A Moscou ?!?
- Papa se déplace là-bas régulièrement afin
de conduire quelques expériences pour son boulot.
- Coopération scientifique internationale ?
- Si tu veux. Moi j’appelle ça torture légalisée.
- Tu délires ! Jamais le Professeur
Richard M. ne se livrerait à de tels actes !
- Tu connais la Sibérie ?
- Du tout.
- Imagine la Lozère en infiniment plus grand,
en terriblement plus froid, avec mille fois moins d’habitants. Tu construis
d’immenses cabanes en béton, dans lesquelles tu enfermes des candidats astronautes
que tu gaves de différentes substances, soit-disant pour les plonger en hibernation.
A ce moment là, tu peux commencer à jouer : tu balances différentes radiations,
des rayons cosmiques, des flash laser, des particules diverses... Puis tu
simules différentes pannes : plus de chauffage, plus de communication,
plus de bouffe, court-circuit pour l’électrisation…
- Il y a eu des victimes ?
- Jamais ! Il dose très finement. Une
fois l’expérience terminée, il analyse toutes les données physiologiques et
neurobiologiques amassées par ses ordinateurs.
- Et les candidats astronautes ?
- Ils se barrent avec une prime. Mais comme
après les tests ils ne savent même plus combien font un plus un…
- Revenons à Moscou et à Claude Allègre.
- Un mec très cool, super sympa, très ouvert
au dialogue. Il a sympathisé de suite avec mon père lors d’une réception officielle
à l’Ambassade de France, si bien qu’ils ont décidé de fuir le dîner officiel
pour aller s’encanailler en ville. Entre-autre, mon père lui a parlé de nos
vacances aux Antilles, des multiples variétés de rhum, des dérivés de la danse
du ventre, de la mer transparente…
- Le lien avec Jospin ?
- A l’issue de la réunion interministérielle
au cours de laquelle Jospin venait de caler les derniers préparatifs de son
voyage aux Antilles, Claude lui glisse : « profite de ton séjour
là-bas, prends le temps de te détendre un peu ! ». « Tu parles ! »
réplique Jospin : « entre les discours, les banquets, les réunions
avec les élus locaux… ». « Ton planning te ménage trois poses ! »
proteste Claude. « Certes, mais dans la délégation il n’y a que des rasoirs,
quant à se fier à des locaux… ». « J’ai ce qu’il te faut ! »
assure Claude ; « tu me laisses organiser ? ». « Tu
sais bien que je te fais confiance, tu as carte blanche ». Depuis la
voiture qui le reconduisait à son Ministère, Claude appelle mon père. Hélas,
il lui est impossible de se libérer pour cette période : une réunion
à Cap Canaveral, avec visite éclair de Bill Clinton. Mon frangin, qui termine
ses études d’œnologie, achève une thèse sur l’évolution de la vinification
à Cabara de Charlemagne à nos jours :
impossible d’abandonner. Conclusion : il ne reste que moi… Plus exactement
que ma mère et moi.
- Que vient faire ta mère dans cette histoire ?
- Comment t’expliquer… La première fois que
la famille est partie aux Antilles, j’avais douze ans. D’une certaine façon,
mon père imagine que j’ai encore douze ans lorsqu’il envisage de me confier
cette mission.
- Comment as-tu réussi à partir seul ?
- Tout simplement en discutant avec ma mère.
Elle est adorable, elle me fait confiance. Ca c’est arrangé en vingt-quatre
heures.
- Génial ! Tu faisais partie de la délégation
officielle ?
- Prrdi !
J’étais dans l’équipe des
gardes du corps.
- Tu étais armé ?
- T’as déjà vu un garde du corps qui n’est
pas armé ? (sourire)
- Oublie cette question nulle… La presse
nationale et internationale a largement relaté les aspects officiels de la
visite du premier Ministre. Sans trahir le secret professionnel, que peux-tu
nous dire sur les aspects… disons plus privés, plus personnels, plus intimes
de cette visite ?
- Rien.
- Julien ! T’es pas sympa ! Au
téléphone, tu m’avais dit…
- Je n’ai rien promis ! Jamais !
- D’accord, d’accord… Je reformule :
tout le monde sait qu’en début de séjour, Lionel a passé une fin d’après-midi
et une soirée de détente, qui s’est achevée aux environs de 23 heures. Tu
étais avec lui ?
- Oui.
- Vous n’étiez que tous les deux ?
- Avec d’autres quincailliers un peu plus
loin.
- Des quincailliers ?!
- C’est comme ça qu’on surnomme les gardes
du corps.
- OK… Une virée en bateau ?
- Jusqu’à la tombée du jour.
- Ensuite ?
- Restaurant sur la plage, très rustique…
- Une paillote ?
- Ca n’a pas brûlé ! C’était pas « Chez
Francis » si c’est ce que tu veux savoir !
(rires)
- Pas de faux tracts ? De jerrycan ?
Des talkies-walkies qui traînent ?
- Rien de tout ça !
(nouveaux rires)
- Ensuite ?
- Une balade jusqu’à un petit village. Découverte
des rhums et de quelques cocktails. Rien d'autre.
- La seconde fois ?
- Ca ressemblait.
- Quoi de différent ?
- Pas grand chose.
- D’autres invités ?
- Peut-être.
- Tu ne m’aides pas !
- Tu devrais comprendre…
- La photo dont nous parlions au début a
été prise au matin de ta dernière escapade avec Lionel.
- Possible.
- C’est certain ! J’ai des tas de preuves :
mes collègues du Daily Mirror, du Sun, de l’Evening Standard, de Voici, de
Voilà, de Nous Deux ou Trois, de France Dimanche, de Détective, d’Intimité…
- Ca va, ça va… C’était après la dernière
sortie.
- Il était quelle heure ?
- Vers les 8h30... Tu vois bien que nous
prenons le petit déjeuner! Bananes flambées, lard fumé, café, lait, pain,
beurre…
- Rien à foutre du menu… Tes 1,82 mètres
semblent ridiculement bas sur cette photo…
- Evidemment ! Je suis assis sur trois
coussins de jardin !
- Pas de chaise ?
- Aucune, je ne devais pas participer
à ce petit déjeuner.
- Tu passais par là ?
- J’étais rentré à l’hôtel
depuis une demie-heure. J’ai décidé…
- Tu étais rentré à l’hôtel à 8 heures ?!?
- J’ai décidé de me doucher… Ensuite, je ne sais
pas… La douche, la lumière… Aucune envie de dormir. J’avale un café, je pars
faire un tour dans le parc, je ne ressentais aucune fatigue. En revenant vers
l’hôtel, sur la terrasse, Lionel déjeunait avec ses Ministres. Il m’appelle :
« Julien ! Viens donc prendre un café ! ». Je m’avance,
je salue tout le monde, puis je demande l’autorisation de me retirer, histoire
de ne pas les déranger… « Pas question ! » proteste Lionel.
Il se lève, et invite ses hôtes – sauf madame bien sûr – à me passer leurs
coussins. Je m’installe tant bien que mal alors qu’il me tend un journal,
et appelle le serveur : « un ti-punch bien corsé pour le jeune homme ! ».
Me voilà installé, alors qu’il évoque à mots couverts nos exploits de la veille…
- Des exploits avec des filles.
- Evidemment ! Le bateau, les fruits
de mer, les plantations, la musique zouk, les distilleries, ça va un moment,
mais… Tu comprends ?
- Parfaitement.
- Tout le monde rigole, puis il me demande
de décrire la fin de la soirée…
- Parce qu’il ne la connaît pas ?
- Il est rentré plus tôt que moi. Beaucoup
plus tôt.
- Je vois…
- Il me demande des nouvelles de Lucette.
Je commence à raconter…
- Lucette ? Quelle Lucette ?
- Il n’y en a qu’une ! Lucette Michaux-Chevry !
Sénateur-maire de Basse-Terre, Présidente du Conseil régional de la Guadeloupe.

Lucette
- La Page à Peif : Ca y est,
je me souviens. Elle a 70 ans.
- Julien M. : Oui, oui… Mais
bon… J’étais en service commandé. La veille, Lucette était déchaînée,
très chaude, bouillante même, tu vois…
- J’essaye… Et… Comment dire… Tu as consommé ?
- Bien obligé ! Je raconte l’apothéose,
Lionel se marre… Plutôt, ils se marrent tous ! Sauf moi, un peu gêné…
Au moment où il pointe son doigt vers moi en affirmant : « C’est
lui qui a fini le boulot ! C’est un héros ! Au nom de la France,
merci ! »… Un déclic, suivi du bruit caractéristique du moteur d’avance
de film d’un 24x36 : le photographe qui accompagnait le voyage officiel
venait de fixer cet instant pour l’éternité.
- C’est géant ! Superbe ! Quel
sacrifice ! Quelle abnégation ! Parce que Lucette, même en étant
en super forme…
- J’avais coupé la lumière.
- C’est déjà ça.
- Imagine si j’avais foiré, si mon père l’avait
appris…
- Ta mère est au courant ?
- Je lui dirai un jour… Plus tard.
- Julien, au nom des lecteurs de la Page
à Peif, merci pour cette interview.
- De rien… On commande un autre pichet ?
- Autant que tu veux !
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La réaction de Julien M.
lorsqu'il a appris la diffusion de son interview |
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