| JLH |
JLH
est né prématurément. Cela ne se voit plus du tout: son mètre quatre vingt quinze
et ses quatre vingt dix kilos n'en laissent plus rien paraître. Chez JLH, tout
est énorme : la soif tout court, la soif de connaissances, la mémoire, le dynamisme,
les valises, la bonne humeur... Généralement, il ne dort que deux ou trois heures
par nuit. Impatient de voir naître une nouvelle journée, il dévore n'importe
quel bouquin, sur n'importe quel sujet. Il aime tout: réparer des vieux postes
de radio à lampes, traquer les pièces de dix centimes à l'aide d'un détecteur
de métaux acheté d'occasion à Paris puis revendu contre un chèque en bois...
Il adore le vin: descendu de Paris voici quelques années, il ne connaissait
rien aux vins de Bordeaux. Aujourd'hui, c'est une véritable encyclopédie parlante...
Au fait, j'ai oublié de vous dire qu'il parlait beaucoup: il faut se battre
pour en placer une, et l'interrompre n'est pas chose aisée. Au téléphone, c'est
pire !
Il jardine. Président du club des amateurs européens de clématites - poste qu'il a réussi à piquer à un anglais - les fleurs luxuriantes de son jardin revêtent des couleurs bizarres. C'est normal, car son garage est envahi de toute la gamme d'engrais et pesticides fabriqués par Rhône-Poulenc.
Il passe des journées entières à Carrefour, où il achète n'importe quoi. Il adore avec les objets en double ou en triple... Je suis certain qu'il possède au moins une douzaine d'agendas électroniques. La redondance est une sorte de seconde nature: il vous téléphone afin de vous informer qu'il vous a envoyé un mail. Ce mail annonce l'arrivée d'un fax qui sera confirmé par courrier...
Il possède plusieurs ordinateurs, mais aucun ne fonctionne complètement. De multiples compilateurs, mais il manque toujours une bibliothèque, un répertoire, une DLL... Après avoir géré sa cave à l'aide d'Oracle sur un 386 (la base n'était jamais à jour, car le temps nécessaire à réduire le stock d'une unité était largement supérieur à celui mis pour vider la bouteille), il a adopté le dogme client-serveur. Puis sa ferveur s'est orientée objet... Aux dernières nouvelles, il semble revenir vers du relationnel avec des bulks partout.
Impossible de passer sous silence nos multiples séjours professionnels au Japon. Hélas, je ne peux pas tout raconter ici... Sachez qu'afin de séjourner dans une chambre d'hôtel supérieure à 9 m2, JLH n'hésitait pas à accomplir des petits boulots...

Une petite anecdote ? Départ d'Osaka pour revenir au pays. Tout va bien jusqu'à ce qu'un employé local d'Air France découvre les 356 boîtes d'allumettes qui encombrent une des trois valises de JLH. JLH a beau expliquer qu'il ne ramène que quelques souvenirs, l'autre ne veut rien savoir: ce 747 n'aime pas avoir du soufre dans la soute. J'ai vu le moment où le contrôleur allait passer dans la valise... JLH se met à bouder. J'essaye de le rassurer en lui affirmant que je lui donnerai des boîtes d'allumettes, que ce mec nous peut-être sauvé la vie car si les russes nous balancent un missile, nous aurons bien plus de chance de ne pas cramer... Rien à faire, il boude, et se plonge dans la lecture d'une brochure. L'hôtesse arrive. Il lui fait le coup classique consistant à demander un whisky au nom impossible. L'autre tombe dans le piège: elle sort toutes les marques à sa disposition, et se montre désolée de ne pouvoir satisfaire son client... JLH l'assure que finalement, ce n'est pas grave, et s'empare des huit fioles en lui affirmant qu'il va comparer. Nous partageons le butin. Ca va mieux, mais je sens que JLH boude encore... Il se replonge dans sa brochure. Je jette un coup d'oeil discret: il s'agit du mode d'emploi du voltmètre électronique acheté la veille. A l'exception du nom du modèle et de deux croquis, que des caractères japonais. JLH ne lit pas plus qu'il ne comprend ou ne parle le japonais... Je m'assure qu'aune traduction anglaise ne s'est glissée par là:
- Qu'est ce que tu lis?
- La doc du voltmètre.
- T'as remarqué qu'elle est en jap ?
- Hein ?
- Ta doc, elle est écrite en japonais !
- Et alors ?
- Non, rien... Je disais ça pour passer le temps.