Jean-Luc (1) !

Jean-Luc pratique un tas de sports, notamment la course à pied. Il s'entraîne avec Joël et quelques autres branques. Actuellement, il est fâché avec une de ses chevilles qui a tendance à gripper. Si bien que je me suis moqué de lui lorsqu'il m'a envoyé cette photo en disant qu'il courait avec deux béquilles!

Depuis, je n'ai plus de nouvelles. Allez Jean-Luc, arrête de râler, elle va te porter pour une super saison cette cheville!

 

Une petite photo du nord Atlas Marocain où j'ai fait il y a déjà 3 ans un super raid... A l'époque, ma cheville était déjà bien abimée et strappée ! - JL


Des nouvelles - 19 janvier 2003

Disposer d'une page est déciemment génial: avant tout parce que l'on peut y raconter des histoires, faire partager quelques passions ou des éclats de rire. Mais surtout car cela permet de recevoir quelques retours: des internautes inconnus qui, passant par là, adressent un bonjour, assorti de remarques ou suggestions; mais aussi des messages de copains, qui, bien qu'au bout du monde, en mal d'ambiance familaile et éloignés de leurs amis, se disent "et si j'allais faire un tour sur la Page?"

En direct du Canada où il s'était rendu pour une mission professionnelle, Jean-Luc, avant de plonger dans le lit de sa chambre d'hôtel, a trouvé le courage d'adresser un petit bonjour sous forme de carte postale:


Le Trail des Citadelles, ou 68 Km de chemins à l’état pur
par Jean-Luc Bergougnous

L’avant course

Face au doute de pouvoir courir un trail de 68 Km, c’est mon ami Joël qui, fort de son expérience des courses longue distance, m’aura permis de franchir le pas. Pour moi, il y avait en effet de quoi douter sur mes capacités du moment à finir une telle épreuve. Avec quelques 25 Km d’entraînement hebdo en moyenne depuis janvier, partir pour une telle distance relevait de la folie ! Seuls deux sorties récentes me rassuraient toutefois un minimum sur ma forme du moment : durant le mois précédent la course, j’avais fait sans trop de problème un marathon en entraînement ainsi qu’un raid de 92 Km mêlant course et VTT.

Les jours précédant la course, la pression n’a cessé de monter, accentuée par des prévisions météo désastreuses pour la fin de semaine. Elle a atteint son paroxysme samedi soir lorsqu’en arrivant à Foix sous un ciel bouché et une pluie fine, nous avons découvert le profil de course affiché sur un grand tableau. Joël faisait là des retrouvailles de précédentes courses. Je me rendais compte que bon nombre de participants avaient des cartes de visite impressionnantes et collectionnaient comme lui des 100 bornes et courses d’ultra comme le grand Raid de la Réunion.

Loin de tous ces exploits, mon objectif était tout simplement de terminer en prenant soin de surtout ne pas suivre un rythme trop rapide ; être en dedans pour passer les 50 Km sans encombre. Plus facile à dire qu’à faire surtout quand on n’a jamais couru plus de 42 Km d’un coup !...
Après avoir récupéré nos dossards et le tee-shirt de l’épreuve, nous nous sommes encore imprégné de cette ambiance excitante d’avant course avant de retourner chez ma soeur qui nous a hébergé pour la nuit. Une fois arrivés, nous avons ensuite préparé notre matériel. Joël n’avait d’yeux que pour ses nouvelles chaussures Montrail et son sac Raidlight a été bouclé en 5 minutes. Quant à moi, après avoir longtemps tergiversé sur la tenue que j’allais adopter, sur le nombre de gels que j’allais emporter et enfin sur la quantité de boisson isotonique que j’allais mettre dans mon camelback, je faisais un ultime essai de ma lampe frontale.

Si la course en elle-même reste indéniablement le moment fort et bien sûr le plus attendu et difficile à vivre, elle n’aurait pas autant de saveur et le goût de l’aventure si elle n’était pas accompagnée de tous ces moments préparatoires pendant lesquels, en ce qui me concerne, tout gamberge dans ma tête. Pour cette course, par sécurité, je me suis chargé d’un coupe vent, de gants, de barres énergétiques, de boisson isotonique; le tout pesant au final, sac compris, presque 5 Kg !

La course - Dimanche, 6h30

Le départ a été reculé de 30 minutes car le ciel est bouché. Les 150 coureurs sont prêts à partir alors que la pluie commence à tomber. Quelques coureurs sont en simple débardeur n’ont pas le moindre habit de protection ! Impensable pour ma part quand on part pour 8 à 10 heures de course.
Il est 7 heures et après un dernier briefing, enfin nous partons !
Après 500 mètres de plat, les premiers coureurs disparaissent déjà dans la nuit. Nous attaquons la première montée haletants et la foulée courte dans un sentier caillouteux obscur. J’ai déjà perdu Joël de vue ! Je n’oublie pas ses consignes : rester en dedans pour être bien au moins jusqu’à la moitié de la course…
Ce n’est qu’une fois sur la crête, au sortir de la forêt, que je peux enfin me relâcher et de ne plus penser à rien pour apprécier la montagne qui sort tout juste de la nuit. Ce sont les premières heures de course les plus belles. On est étonnamment bien du fait d’une vitesse de progression faible. Chacun se cale petit à petit son allure et des groupes de niveau se forment naturellement. J’aperçois ma copine Christine au loin. Elle a déjà pris 200 mètres d’avance et je sais que je ne la reverrai certainement plus… Pas question d’essayer de suivre et de se mettre dans le rouge d’entrée, au risque de le payer au retour.

Il y a des temps de passage limite à ne pas dépasser et tout le monde s’accorde à dire qu’ils sont assez courts du fait de l’état du terrain : la pluie de la veille a transformé les chemin cathares en véritables bourbiers et dans certains endroits, on se croirait dans les tranchées.
Je connais le circuit que j’ai déjà parcouru dans le sens inverse deux ans plus tôt lors de la première édition qui ne faisait que 35 kms. La montée sur Montségur est terrible et je redoute qu’en plus nous croisions les autres coureurs dans la descente… Confirmation trois heures plus tard lorsque nous voyons débouler les premiers du 68 Km alors que nous sommes encore à plus d’une heure de course du château qui se situe à mi-course. Ils sont impressionnants et je prends le temps de m’arrêter pour les observer.

Après, nous aurons droit à la déferlante du 35 Km, soit quelques 500 coureurs que nous croiserons sur un chemin étroit et boueux où l’on s’enfonce dans 15 à 20cms de boue. On glisse dans tous les sens, les coureurs tombent parfois bousculés par ceux qui descendent.
Une fois la horde passée, la course retrouve son calme du début. Montségur apparaît enfin dans le ciel qui s’est un peu éclairci. On laisse le château sur notre gauche pour replonger dans la vallée. Je sais qu’au retour, dans moins d’une demi-heure, il faudra faire l’ascension…
Tiens, je croise ma copine Christine. On s’échange quelques mots et je l’encourage. Elle n’a que 10 minutes d’avance sur moi, je suis surpris. Elle semble avoir du mal aujourd’hui, elle qui a pourtant l’habitude des courses extrêmes comme la Réunion (en 26 heures s’il vous plait !)
Cela me redonne le moral, non pas de la voir souffrir, mais de savoir que je ne suis pas si loin.

Pourtant j’ai mal aux jambes, notamment aux adducteurs. La boue a fait des ravages… Encore quelques hectomètres d’une descente abrupte qui me fait un peu plus souffrir et me voilà au point de contrôle de la mi-course. Il est 10h50, voilà 4h20 que je suis parti. La limite était de 5heures…
On m’annonce que je suis 85ième environ. Je m’attendais à mieux…mais bon, je suis parti tranquille et la route est longue. Peut-être que ça va casser devant ; peut-être que je vais casser d’ailleurs moi aussi. Je repars après une longue pause (presque 20 minutes).
A la sortie du village, alors que je m’apprête à attaquer l’ascension du château de Montségur, je croise Joël. On s’encourage mutuellement mais je lui fais part de mes doutes sur le reste de la course.

Après l’ascension du château, c’est reparti pour une longue descente boueuse dans les bois. Mes adducteurs sont encore à la fête. Je ne me vois vraiment pas arriver au bout. A Montferrier, je rattrape un groupe de trois gars que je ne quitterai plus pendant quelques heures.
Chacun à notre tour, nous passons par des hauts et des bas. Au bout d’un petit chemin, une stèle et je sais que tout de suite après c’est enfin le village de Roquefixade.

Nous arrivons au 50 Km et cela me redonne un peu de courage. Nous avons nettement baissé de rythme mais sommes toujours dans les temps de passage. Je pense à Joël qui doit nous suivre à la trace et s’informer à chaque pointage de l’écart de temps avec moi. Il connaît mon numéro de dossard et ce petit jeu doit l’amuser !

Après Roquefixade, c’est une succession de pistes en faux plat qui nous amène au dernier pointage limité en temps. Puis la dernière grosse difficulté du parcours : une côte d’environ 1,5 Km à flanc de montagne. La boue est encore une fois là pour nous empêcher de progresser facilement mais nous savons que c’est presque la fin. Mes jambes brûlent et mes adducteurs semblent se déchirer à chaque fois que je glisse dans la boue. Pas question de craquer maintenant que je suis si prêt du but.

L’arrivée

La fin de la course se fera en grande partie dans la tête, tout le monde me l’a dit et répété. Alors que le sommet de la côte est enfin atteint, une pluie glaciale nous transperce et les conséquences sont quasi immédiates : mes cuisses sont saisies par le froid et des crampes apparaissent subitement coupant notre progression. La pluie va durer une demi-heure.

Fourbu, harassé de fatigue, je reprends du poil de la bête lorsque la pluie s’arrête. Il reste environ 3 kilomètres à parcourir.
Entamant la descente sur Foix, je me retourne une dernière fois pour voir si des coureurs reviennent sur nous. C’est à ce moment là que je vois débouler comme un V2 mon ami Joël !

Sans un regard, sans un signe d’encouragement, il nous dépasse en trombe et me crie en passant qu’il ne reste que quelques minutes pour être encore classé. Regardant mes compagnons d’infortune qui m’accompagnent depuis maintenant plus de 4 heures, j’ai du mal à les abandonner et pourtant l’envie d’aller le chercher me démange. Le temps de réagir et il a déjà 100 mètre d’avance. En plus, la descente, c’est son truc. Je me rappelle Auzat ou en quelques minutes, je ne l’ai plus revu, alors ai-je vraiment une chance de le reprendre ?

N’écoutant plus mon corps et surtout les muscles de mes jambes, je pars comme un fou sur un terrain qui pourtant ne m’est pas favorable. En quelques minutes d’une descente fabuleuse je suis à la hauteur de Joël. Je crois qu’à cet instant, Joël ne s’attendait pas du tout à mon retour ! J’accélère un peu et le lâche de quelques mètres.
« Si on terminait ensemble ? » me crie-t-il tout d’un coup ? Beau joueur, je lui dit OK .

Après un petit faux plat montant de quelques mètres seulement, Joël craque soudain et me dit qu’il n’a plus de jus. Je suis dans une sorte d’état second qui me donne des ailes, en tout cas des vraies cuisses de coureur de montagne. Les sensations sont extrêmes et enivrantes. Suivre Joël en descente est pour moi impensable et pourtant…

Petit à petit, Joël récupère et relance encore alors que la descente s’accentue.Une corde de sécurité a été placée pour aider les coureurs dans leur progression.
Joël me lance : « là, ça commence à ressembler à la Réunion, on va s’amuser ! »
Effectivement, il y a des arbres, des racines, des buissons, des cailloux, de la boue et nous descendons très vite. Je suis survolté à l’idée d’arriver à le suivre. En attaquant une portion de chemin plus roulante, il en remet une le bougre et me joue un coup de poker de dernière minute ! Il me prend 5 puis 10 mètres dans la caillasse là où effectivement j’ai du mal à être en confiance du fait de ces deux satanées chevilles pourtant strappées. Mais curieusement, je me sens assez fort et excité pour accélérer moi aussi et revenir sur lui. Je ne sais pas s’il se rend compte de la situation, mais pour moi c’est sûr, c’est l’apothéose !

Il m’a suivi à la trace pendant plusieurs heures et maintenant c’est moi qui le pousse dans ses derniers retranchements. Il a tenté de me bluffer et par deux fois me lâcher mais maintenant que nous atteignons la route c’est à moi d’imposer le rythme. Je repasse devant, j’en ai encore sous la semelle ce qui me surprend vraiment.

Encore 200 mètres et nous voilà arrivés. Joël décroche doucement alors je temporise. Il est cuit et me le fait savoir mais moi je suis ailleurs. Je suis en train de penser que je viens de terminer mon premier gros trail dans des conditions exceptionnellement difficiles. Bien sûr il y a plus dur, plus long, plus technique avec plus de dénivelé mais là n’est pas le problème.
Pas question de minimiser cette course qui en ce qui me concerne est un exploit.
Je pense à mes appréhension d’avant course, mon peu d’entraînement, mes doutes. Et je me souviens que c’est Joël qui m’y a poussé. Alors, bon prince et très sportivement, je le laisse passer devant moi à un mètre de l’arrivée. Je lui dois bien ça !

Même si les douleurs, la fatigue, les crampes laisseront des traces pendant plusieurs jours, dans ma tête, elles sont déjà presque oubliées et font place à cet instant à la joie et au bonheur !
Mes chevilles ont tenues le coup. Et quand Joël les prend en photo à la fin de la course, j’ai une petite pensée pour François qui enfin pourra mettre une photo de moi sur son site !
Nous finirons 77 et 78 en 10H30 sur 150 partants. Un classement qui ne demande qu’à être amélioré.


Un barbecue avec JL...