Prélude au Grand Raid 2002

Les trails

Normalement, c'est Joël qui devrait vous raconter cela. D'ailleurs il le fera peut-être un jour. Jusqu'à présent, il dit qu'il n'a pas eu le temps, que taper sur le clavier du PC au bureau après les heures de boulot est trop désespérant et coupe toute inspiration. Profitons de l'occasion pour inviter un sponsor à lui offrir un PC - ou un Macintosh, il les aime aussi - afin qu'il puisse écrire dans sa maison entourée de pins, la fenêtre ouverte sur les chants des grillons.

Actuellement, je n'ose même pas lui demander d'écrire. Il a un pied sur la passerelle de l'avion qui s'envolera mercredi vers la Réunion, l'autre dans ses basket, et la tête déjà sur l'île où il est très attendu. Peut-être recevrons-nous malgré tout une carte postale une fois qu'il sera posé là-bas.

Toujours est-il qu'il s'est préparé à cette course. Ne me demandez pas s'il avale des sardines, des pâtes ou des boîtes de corned-beef, je ne connais rien au régime qu'il convient de suivre afin d'être au top avant une course. Je peux cependant vous dire qu'hier, il a acheté des huîtres. Et qu'il a oublié le citron, mais ça c'est Joël ! Au cours des derniers mois, il nous a envoyés quelques messages accompagnés de photos. J'ai retenu pour vous deux trails.

Début juin, le trail de Castelnou. Il annonce "c'est pas une course pour les rigolos ! Allez, les petits scarabées... on s'entraîne un peu ?". Aucune surprise, tout est optimal: il pleut, ça pèle, ça neige.

Fin juillet trail des étoiles à Bagnères de Bigorre. Extraordinaire, il ne pleut pas ! Mais à Bagnères, le ciel est souvent voilé sur les hauteurs. Pas grave, ça donne de belles photos.


Quand Joël et Jean-Michel courent en mixte...

Le 12 août 2002, j'ai reçu un email de Jean-Michel, alias Achille. Un récit comme on en croise rarement, un évènement extraordinaire au sens pur du terme, et authentiquement marrant. Hélas, mille fois hélas, il a jusqu'à présent été impossible de trouver une photo avec les deux guignols montant sur le podium. C'est donc une photo d'archive, prise lors d'un entraînement en janvier dernier qui illustre cet article. Vous repèrerez sur le guidon le Renard, installé par Achille pour amuser son fils Julien, qui a fortement contribué à ce qui restera un exploit unique dans les annales.

Laissons Achille raconter la suite.

En début de semaine, l'ami Joël me propose de former équipe avec lui pour le vétathlon de Salles : "18 kms de VTT (ça c'est pour toi), 6 kms de course à pied (ça c'est pour moi)" m'écrit-il. Le VTT j'adore, alors j'accepte avec enthousiasme. Le départ de la course est prévu à 16h le samedi 10/08.

Samedi matin :
Bon, il s'agit de réviser mon VTT qui se dissimule sous une bonne couche de poussière accumulée durant de longs mois d'inactivité. Nettoyage, lubrification et réglage. J'ai craint devoir déclarer forfait après qu'une des vis de réglage de mes pédales automatiques foire, rendant l'utilisation de ladite pédale impossible. Heureusement, mes gênes charentais m'ayant fait conserver mes anciennes pédales, le remplacement a été promptement effectué. Je ne ferai pas faux bon au copain Joël.

Samedi 14h35 :
Voiture chargée, équipement préparé, chichille motivé, allez hop ! En route pour Le Lanot, hameau de la commune de Salles, lieu de la course où je dois retrouver Joël entre 15h15 et 15h30.

Samedi vers 15h :
"baïla baïla la bamba, ..." (air connu), tiens mon mobile qui sonne. Normal, je conduis ...
- Allô ?
- Jean-Michel ?
- Oui.
- C'est Joël. T'es où ?
- Entre Belin-Beliet et Lugos, et toi ?
- Suis sur place. Y a un problème. T'as de quoi courir ?
- Ben oui, mais ...
- Y a eu un malentendu. C'est bien par équipe, mais on cours et pédale tous les deux.
- Ah ...
- Bon on se retrouve sur le parking.
- Ok.

Samedi un peu après 15h :
Seul dans ma tête en conduisant vers le Lanot : Putain ! (c'est un gros mot, je sais, mais j'ai le droit c'est dans ma tête), j'ai jamais fait ça ! Alterner course à pied et VTT, ça va pas être de la tarte. En plus, moi qui ait forcé à l'entraînement jeudi...

Samedi 15h15 :
- Salut Joël  ! Tu fais de la logistique toute la semaine, mais visiblement le week-end c'est relâche ! Bravo la préparation ;o)
- Oh hé ! c'est l'autre qui m'a ...
- T' as de la chance parce que si j'avais pas foiré une pédale, je serai venu avec mes chaussures à cales, et là pas question de courir.
- Je sais.
- Allez, on va s'inscrire !

Une éclaircie apparemment durable accompagne la douce excitation des minutes précédant le départ.

Samedi 16h05 :
C'est parti ! Joël galope, je m'accroche comme je peux. On part vite, je sais qu'il faut creuser l'écart sur ces 5 Km de course à pied pour enfourcher les VTT en bonne position, mais faut pas non plus se "cramer". Il y a ensuite 18 Km de VTT.

16'30" après : On arrive ensemble (presque) au parc à vélo.
- Joël ... puf ... puf ... combien on a mis ?
- 16'30"
- t'es sûr ... puf ... m'étonnerai qu'il y ait 5 Km.
- T'as raison, c'est plus proche de 4 Km. Allez GO !

Une gorgée de boisson et c'est parti pour le VTT. Départ en moulinant pour assouplir les muscles, puis on accélère. Peu de dénivelé, mais de nombreux passages sablonneux qui coupent l'élan et imposent parfois de poser le pied à terre. Surtout quand une équipe adverse s'ensable sans arrêt et bloque le passage :-o( Joël piaffe d'impatience derrière moi.
- Vas-y passe les !
Je vais quand même pas leur rouler dessus ... POUET ! POUET ! Le son du klaxon de Julien (une tête de renard orange en
plastique souple) que j'ai conservé sur mon guidon surprend nos adversaires et nous les passons. Joël se marre ! On garde le rythme et creuse l'écart.

12 ème km au compteur.
- Joël, il faut gérer. Reste encore au moins 5 Km, puis 1 Km de course à pied pour finir.

Surprise, après un passage trial sympa, Le Lanot est en vue après seulement 13 Km de VTT. Quelques douleurs aux mollets me laissent présager une reprise de la course à pied difficile. En effet, à peine les pieds posés à terre, une crampe me saisit à chaque mollet, arrêtant net Joël qui s'élançait déjà pour le kilomètre de course à pied nous séparant de l'arrivée. Je trottine en serrant les dents, pendant que Joël m'encourage en m'assurant que ça va vite passer. Quelques centaines de mètres plus loin (mais qu'ils furent longs) et quelques secondes après que nous nous soyons fait doubler par une autre équipe, mes crampes passent.
- C'est bon Joël, on peut accélérer.
- Trop tard, on est arrivés.

Le commentateur demande son prénom à Joël et annonce "L'équipe senior de Joël arrive 7 ième au scratch et 4 ième dans sa catégorie". L'équipe qui nous a doublé juste avant l'arrivée se retourne pour nous serrer la main, visiblement satisfaite de nous avoir soufflé la troisième place sur le podium senior.
- Achille, tu fais ch... avec tes crampes :o(
- Je sais... Désolé.

17h30: Notre aventure pourrait s'arrêter là. Eh bien non !

Alors, que nous échangons nos impressions de courses avec d'autres concurrents tout en reprenant des forces au ravitaillement d'arrivée, le commentateur annonce "La remise des prix aura lieu à 18h00, le temps de vérifier les classements, car c'est pas simple, il faut faire la moyenne des âges des deux concurrents pour déterminer la catégorie".
- Joël t'as entendu ?!
- Ca nous fait combien ?
- (x + y)/2 = un peu plus de 40 ans.
- Alors on est dans le classement vétérans !
- Eh ! On est troisième !
- T'es sûr ? Attends, je vais voir.
Joël demande confirmation à l'organisateur. L'organisateur : "En effet, il y a eu erreur de calcul lors de la remise du dossard. Il faut que je modifie le classement, vous êtes 3ème vétérans." Joël et moi nous regardons sans trop y croire. Finir sur le podium alors que nous sommes venus en touristes ! Incroyable ! Il ne reste plus qu'à attendre la remise des prix.

18h45 :
Les 31 équipes inscrites défilent pour le classement scratch, là nous sommes bien 7ème, pas d'erreur. Tous les participants reçoivent un T-shirt. Vient ensuite le podium senior. Suivi du podium vétérans. Ah ! ça va être à nous... Ben non ! Est récompensée une équipe de Salles arrivée plusieurs minutes après nous :o( Déception. Joël se retient de bondir sur l'organisateur, pendant que je peste contre cette magouille politico-chauviniste. Vient le classement des équipes mixtes : 1er machin et machine, 2ème un truc et une chose, 3ème Joël Delmas et Michel T. !
- T'as entendu ?
- Oh les cons...

Sans nous dégonfler, nous montons sur le podium. Ca tombe bien, on à quelques mots à dire à l'organisateur. Je m'approche en tirant sur mon T-shirt afin de dissimuler mon short pour prendre une allure plus féminine. Un spectateur s'exclame: "ils sont pacsés ces deux là !". Seul l'organisateur n'a toujours pas réalisé sa bévue. Joël lui explique, et voilà un organisateur bien embêté. Car notre prix (3ème
vétéran) a été remis à une autre équipe et la vraie troisième équipe mixte, enfin remise de sa stupeur, s'approche déjà. L'organisateur : "bon ben euh... Voilà on vous donne le lot équivalent au 3ème vétéran et puis... Désolé".

Allez, ne gâchons pas la fête. Pour une fois, il y a un peu de fun dans une cérémonie de remise des prix. Pour ma part, je suis content car je vais pouvoir annoncer à mon fiston que nous avons fait 3ème. Heureusement, car ce matin, il a claironné dans tout le quartier que son papa allait faire une course de vélo. Comme si j'étais un champion ! Ah les gosses...

Achille


Question photo

Il serait exagéré de dire qu'on s'est vraiment sérieusement engueulé en discutant photo, mais ça passe quand même pas loin. Normal: pour moi, une photo c'est sacré. Pour Joël, une course c'est sacré. Concilier les deux points de vue n'est pas chose aisée. C'est pourtant possible, à condition que personne ne s'énerve, et écoute avec sagesse les arguments de l'autre. J'ai compris avec les randonnées montagnardes de Jackson que 100 grammes, c'était beaucoup dans certaines conditions. Dont acte. De là à utiliser un jetable, pourvu d'une optique en plastique de merde, avec un système d'exposition - y compris au flash - de merde, il y a une marge ! J'ai donc convaincu petit à petit Joël d'acheter une vrai appareil photo.

Vrai voulant dire d'abord et avant tout une bonne optique. Accompagnée d'un autofocus et d'une mesure de lumière qui marchent. Il a été tellement convaincu qu'il est passé par la tentative d'achat d'une poubelle d'appareil numérique trouvé dans un cadeau Bonux par une jeune femme qui avait déjà compris qu'il convenait de s'en débarrasser, jusqu'à l'achat compulsif face à l'étalage d'une grande surface. Il m'a même fait le coup de l'APS !

Tout cela relève du passé: Joël s'est finalement rendu dans un vrai magasin photo, en expliquant son problème. Il a reçu une vraie réponse, conforme à ce que j'attendais: pas de zoom, tout sur l'ouverture de l'optique, sur le faible poids, sur la résistance à l'eau, etc. Tout cela pour un prix modique. J'ai allumé un cierge. Faites de même: sauf orage, nous devrions avoir des vues beaucoup nettes de ses prochaines courses.

Affaire conclue le 19 août 2002: après d'ultimes tergiversations, il a acheté l'Olympus µ2. Ouf !


Prélude au Grand Raid de la Réunion 2002

Consultez le site officiel en cliquant ici. Joël courra en "individuel non sponsorisé" les 18 et 19 octobre prochains, sous le dossard 1653. Il affirme se situer "au milieu de la diagonale des fous", mais rien ne prouve que son milieu soit au centre !

En attendant, Joël a participé le 25 août la CIMASA RUN. Voilà ce qu'il en disait avant la course:

La cimasa run est une sorte de "mini" grand raid qui emprunte une petite partie du circuit du grand raid. C'est une course de montagne de 52km avec 3000d+ et 3000d-, autour du piton des neiges, en empruntant les 3 cirques: CIlaos MAfate SAlazie.

Rien à voir avec le grand raid, car beaucoup moins long, mais très dur et très technique : montées interminables et descentes particulièrement difficiles. Rien à voir non plus du côté médiatique de la chose, pas le même budget, etc, mais une vrai popularité Réunionnaise, très friande de ce type d'épreuve. L'an dernier, il y avait 370 coureurs au départ et ça se gagne en 5h30 environ. Le temps limite est de 13h... Normalement je devrais me classer dans les 150 en 9h... à suivre :-)

Résultat : Joël termine 123° (sur 265) en 9h24'18" ! Un grand bravo !

Le récit de la CIMASA, et les résultats complets ici.


Le récit du Grand Raid 2002 de Joël Delmas ici !