| Golden bowls |
Titre alternatif: Golden balls !
Toujours difficile d'organiser une compétition pendant la période des vacances. Encore plus lorsqu'il s'agit d'une compétition de pétanque, les adaptes de ce sport étant sollicités par beaucoup d'autres fêtes... Malgré tout, je parvins à réunir Achille, George et SuperMickeul en cette soirée du 16 juillet 1999.
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Conditions météo optimales, apéritif frais et bien dosé, conversation aussi décontractée que les vacances... Tout s'annonçait bien avant le premier lancé de cochonnet. Mon partenaire Achille rentrant de Provence, nous étions à l'évidence favoris face à un SuperMickeul qui ne disposait d'aucun jour de congés, et d'un George dont le farniente n'avait débuté que deux jours plus tôt... Le rationnel de ce scénario a presque été complètement respecté: je jouais plutôt pas mal, SuperMickeul de même, je profitais des multiples conseils de la nouvelle culture provençale d'Achille qui assurait fort bien...Mais il y avait George.
Objectivement, George vaut zéro à la pétanque. Depuis toujours. Régulièrement. Tout le temps. Sauf ce soir là. Paré d'un style déplorable (un swing fessier rappelant furieusement les débuts de Sheila dans l'école est finie alors que DANONE sortait ses premiers yaourts avec morceaux de fruits intégrés), le bras flageolant se détendait mollement pour faire rouler vers la gauche une boule virevoltant avec un effet droit sur 10 mètres de caillasse en pente sévère. Vous n'allez pas le croire, et je vous comprends car moi aussi je n'y ai pas cru pendant une heure trente: systématiquement, les boules de George vinrent se scotcher sur le cochonnet. Un authentique défi au cartésianisme, reléguant ce pauvre Descartes au rang de radoteur chevènementiste. Une absolue maîtrise de la matière sous toutes ses formes: le petit cailloux pointu qui s'incline au passage au lieu de balancer la boule en dehors du jeu, le gros cailloux plat qui soupire d'aise en calant gentiment une boule qui avait vocation à fuir, la petite touffe d'herbe folle qui retient pathétiquement au plus intime de son être une boule partie en vadrouille, de subtiles variations locales du magnétisme tellurique qui infléchissent la trajectectoire de manière à ce que la boule s'immobilise sur l'emplacement idéal après avoir contourné l'objectif sur 270°... Bref, n'importe quoi, tout, le reste, et même encore plus. Je n'arrive toujours pas à oublier ce début de partie ou le cochonnet de George s'immobilisa dans une cuvette qui fut notre Dien-Bien-Phu...
J'avais l'excuse de la préparation de repas, mais je reconnais avoir été lâche, laissant à trois ou quatre reprises mon partenaire Achille seul face au démon. Fort heureusement, un miracle nous fit gagner la seconde manche: le repas étant prêt à la fin de la troisième, nous renonçâmes à poursuivre, ce qui limita la torture à trois parties.
Mes convives semblèrent apprécier le dîner, ainsi que la dégustation - modérée - qui suivit. Grâce aux vertus de la musique, nous plongeâmes dans d'autres univers. Sitôt mes invités partis, je me perdais dans le sommeil.
A six heures trente - soit quatre heures plus tard - le plus horrible des réveils m'attendait. Le clip démarrait sur la fesse droite de George qui se dérobait, dévoilant le bras incertain prolongé de la main hésitante dont s'échappait la boule, qui telle un LAND-ROVER roulait imperturbablement vers son objectif en narguant les accidents du terrain, avant de stopper à un millimètre de la sphère de bois... Atroce. Horrible. Insupportable. Je sautais dans mes sandales, et commençais à arpenter le terrain en écrivant sur le carnet qui ne quitte jamais.
Je reconnais n'avoir encore rien arrêté des multiples mesures envisagées: noyer tous les éléments en édifiant un barrage? Ravager au bulldozer? Arroser d'eau bénite? Miner? Souder ensemble mes neufs boules? Exorciser?
Il faut d'abord essayer d'oublier. Lundi, j'ai rendez-vous chez ma sophrologue.
George, nouveau golden balls,
nous attendons tes excuses
pour essayer de pardonner
l'insolence de ta chance.
Je suis allé faire un tour sur www.peif.net, où il semble y avoir une activité certaine. J'ai remarqué un reportage concernant une certaine partie de pétanque qui, s'il est moins malhonnête qu'un précédent, comporte toutefois quelques inexactitudes. Mon swing avec vrille du cul et lâché de boule par l'extérieur est un geste parfaitement préparé. En effet, ce mouvement de rotation double a pour objectif de contrebalancer l'effet de la rotation terrestre. De plus, l'aide que m'apportent les petits cailloux est calculée. En effet, les cailloux domestiques, par opposition aux cailloux sauvages qui se promènent dans la nature (genre cailloux de montagne), ont besoins qu'on s'occupe d'eux. J'ai toujours eu des rapports amicaux avec les cailloux domestiques, à qui je cause assez souvent. C'est pourquoi ils me rendent cette relation privilégiée quand je joue à la pétanque. Tu peux essayer. Parle aux graviers.
Merci pour l'explication scientifique. Je te tiendrai au courant de mes débuts de dialogue avec les graviers... Je suis très satisfait de constater qu'implicitement, tu reconnais les faits !