| Fidel (2) |
Fidel était passé par ici le 31 mars. Nous n'avions que quelques heures à passer ensemble, car il était arrivé très en retard. Cependant, au cours de cette journée ensoleillée, nous avions trouvé le temps de déguster une délicieuse côte de boeuf et naturellement de causer PC. Car le copain Fidel envisageait d'acheter une nouvelle tour et de s'abonner à l'ADSL. Cela faisait longtemps qu'il en parlait, mais ce jour là, j'ai compris que c'était chaud. Car il faut savoir décoder le Fidel: le rythme des mots, le regard et les vannes (fréquentes) en disent plus long que les mots.
Quinze jours plus tard, il m'adressait un mail: il avait trouvé sa tour. Un engin sans fioriture, dépourvu de tout attrape-nigaud genre "une imprimante pour un Euro de plus" si vous voyez ce que je veux dire. Un P IV 3GHz, 512MB de RAM, 120GB de disque, lecteur graveur CD+/-DVD, USB2, Firewire, Ethernet... Le tout pour une poignée d'Euros chez Carrouf. Dans la foulée, il avait souscrit un 512K auprès du seul vrai provider français. Il ne restait qu'à compléter avec quelques logiciels malins et à transférer des données. L'ampleur de la tâche obligeait à organiser une action sur deux jours.
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Evidemment je me faisais une joie de recevoir
Fidel sur deux journées: nous allions partager ma passion informatique,
pourvoir refaire le monde au cours de deux soirées... Mais j'étais
inquiet, car il avait décidé que nous ferions du vélo.
J'avais déjà fait quelques petits tours avec lui sur quelques
chemins de traverse, mais il tenait absolument à découvrir
la piste cyclable qui passe à une dizaine de kilomètres
de chez moi. A peine en retard, il a éjecté son sac de voyage de la voiture pour s'attaquer aux cartons de la configuration PC. J'ai vite posé l'appareil photo pour essayer de l'aider, car avec Fidel, c'est comme à l'armée: il faut que ça "gicle"! Tout en remarquant qu'il n'avait pas oublié d'amener son VTT. |
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Pas de panique, chaque chose ne son temps, le vélo ce serait pour demain. Il a suffit de quelques minutes pour XP réussisse un magnifique boot. Tout comme lorsque Julien se pointe par ici, nous avions installé une configuration "duo" au niveau des bureaux: les deux tables face à face permettent de travailler en parfaite symbiose. Nous avons abandonné Windows pour partager deux expresso autour d'un cahier. Il s'agissait ni plus ni moins d'établir un plan de bataille logiciel, de Firefox à FreeRip en passant par Filezilla et quelques dizaines d'autres. Sans oublier de profiter de l'aubaine pour partager quelques clips et autres fichiers personnels. Nous avons embrayé en connectant les machines sur un routeur Ethernet histoire de pouvoir partager mon ADSL et nos disques: succès immédiat. N'allez pas penser que nous avons bossé comme des tarés: nous avons trouvé le temps de savourer avec mesure apéritifs, côté de bœuf, rôti de porc et ses cornichons et petits-oignons. Le tout dans une ambiance marrante et avec une efficience que les générations soumises au diktat des 35 heures ne connaîtront jamais :-( |
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Nul besoin de réveille-matin pour se retrouver en parfaite synchronisation autour du chocolat de Fidel, de mon café et de généreuses tartines. Dès l'ouverture des volets, j'avais constaté que la météo était idéale pour faire du vélo: soleil splendide, température équilibrée, aucun vent.
Mon ultime argument n'avait pas du tout fonctionné. Tant mieux d'ailleurs, car j'allais enfin découvrir cette fameuse piste Roger Lapébie (vainqueur du tour de France 1933) |
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Dans la voiture, Fidel me jetait un regard inquiet, se demandant probablement quelle histoire j'allais encore inventer pour éviter de pédaler. Le remontage des vélos n'a pris que quelques minutes. J'enfouissais dans les poches de mon short l'indispensable appareil photo et mon téléphone portable, tout en râlant:
Physiquement je n'ai pas souffert: nous nous sommes contentés d'une quinzaine
de kilomètres (douze selon Fidel) sur une piste qui autrefois était occupée
par une voie ferrée, si bien que les pentes sont suffisamment douces pour
ménager les cuisses et les mollets. Elle serpente au milieu de bois tellement
tranquilles que les oiseaux y ont élu domicile: ils chantent sur tous les
tons pour partager cette découverte et encourager les cyclistes. |
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Toujours en tenue de cycliste, nous avons trouvé le réconfort en partageant une table sur la terrasse d'un restaurant. De retour à la base, après un second café, les PC se sont remis à chauffer. Mon boulot de correspondant de presse impose de traiter quelques faits divers dans l'urgence. Difficile de chiffrer ces interventions, disons une vingtaine dans l'année. Mais quand Fidel est là, il se produit systématiquement un accident. Ce jour là, c'est un grand-père qui a fait une chute mortelle en tombant d'une échelle de douze mètres: il installait une palombière. Il a donc fallu partir sur place photographier et procéder à une petite enquête avant d'expédier le tout au journal. En fin de soirée, le matériel informatique a regagné l'abri des cartons. Surprise au réveil: je n'avais ni mal aux cuisses ni mal aux mollets ! Après le p'tit dej, Fidel a mis le cap sur son domaine. Quelques heures plus tard je le vis apparaître sur MSN: la configuration était remontée, tout fonctionnait bien. Il ne me restait plus qu'à bosser alors que Fidel allait savourer en famille la côte atlantique jusqu'à la fin de ses vacances. |
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Le lendemain, je coupais l'eau de la douche quelques secondes après être entré dans la cabine: sur le porte-savon trônait un nouvel engin. Zut ! Fidel avait oublié son gel douche. Ce n'était pas bien grave, il le récupèrerait lors de sa prochaine visite... Pas mal foutue la grosse capsule pivotante qui permet d'ouvrir et de fermer. Incroyable: le Mennen Sport faisait shampooing & douche ! Au lieu d'acheter deux produits... Remarquez, pour ce qui me concerne, je consomme très peu de shampooing, mais c'est quand même astucieux, non ? Tellement que je plongeais dans la lecture de la documentation imprimée sur le flacon. Croyez-le si vous voulez, mais ce truc, qui est enrichi au magnésium et à la vitamine C a été (je cite) "testé avec des sportifs de haut niveau pour vous aider à retrouver votre énergie après le sport". Sans oublier que "le parfum frais et vivifiant provoque une sensation tonifiante immédiate". Exactement ce qu'il me fallait ! Au delà de ces données scientifiques, on devine la patte du service marketing qui affirme que l'on peut en faire un usage fréquent (histoire de consommer à donf) et qui rassure les baliseurs en précisant "testé sous contrôle dermatologique". Je reposais le précieux flacon en me promettant de regarder si mon supermarché avait eu la bonne idée de sélectionner ce produit. J'achète toujours ce genre de machins au pif, il faudrait que je fasse attention dorénavant... Et si je l'essayais de suite? Fidel de m'en voudrait pas de lui avoir taxé un peu de gel. D'ailleurs, il l'avait peut-être fait semblant de l'oublier ! C'était probablement un cadeau afin que mes performances sportives - notamment en vélo - s'améliorent. De toute façon, on n'allait pas s'engueuler pour cette futilité: ça fait des kilos d'années qu'on est pote, alors... |
De la tête aux pieds, j'ai tout généreusement enduit. Ca sentait super bon. J'allais grimper sur mon vélo de suite après, me lancer dans un grand parcours. Peut-être qu'avec tout ce magnésium et ces vitamines, je serai positif aux tests anti-dopage: rien à foutre, il n'y en a jamais dans ma campagne ! Il faudrait quand même que je fasse gaffe lorsque je me lancerai dans les compétitions... Hélas ! Vent force sept accompagné d'une averse, avec accumulation de nuages. Impossible de partir en vélo dans ces conditions. Durant toute la journée, j'ai été survolté: je me souviens avoir frappé mon clavier avec une force démesurée et avoir renversé de l'eau sur la gazinière en remuant les pâtes du déjeuner de midi. A peine si j'arrivais à trouver le sommeil la nuit venue. Ecoute Fidel, si c'est un cadeau, merci beaucoup, je sens que ce produit va changer ma vie. Si c'est un oubli, je t'en achèterai un neuf, inutile que tu adresses un fax à ton assureur. En tout état de cause, j'ai compris maintenant pourquoi tu avances plus vite que moi en vélo ;-) |
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