| Eddy |
Vous avez certainement dû le remarquer: il y a les journées calmes, et les autres. Que l'on soit en vacances ou en pleine activité, c'est un peu pareil. La journée calme ne réserve aucune surprise. Elle se déroule sans qu'aucun aléas ne vienne perturber la routine d'un programme plus ou moins bien établi. Tout se passe comme si les "autres journées" prenaient leur revanche: elles regorgent d'imprévus, de coïncidences et de gags.
Mon jeudi 26 octobre 2000 était parfaitement organisé. Une certaine excitation m'envahissait dès le matin, car le soir, j'avais rendez-vous avec Achille pour aller voir le Grand Eddy Mitchell à la patinoire. En petit déjeunant, j'essayais d'imaginer où se trouvait Eddy: déjà à Bordeaux? Peut-être qu'il n'arriverait que par l'avion en fin de matinée pour échapper à la foule du matin... Pourvu qu'il soit en forme! La dernière fois, il avait annulé un concert sur Bordeaux pour raison de santé.
Comme d'habitude, je traînais un peu trop longtemps devant l'ordinateur, si bien qu'il a fallu courir sous la douche et s'habiller en vitesse. Si ça roulait bien, je serai juste à l'heure à Bordeaux. Je pris quand même le temps de laisser chauffer l'huile avant de libérer les chevaux. Branne, Moulon... malgré tout, je roulais assez lentement, car les couleurs d'automne des vignes et des arbres luisaient sous un soleil doré. Dernier virage, puis la côte toute droite qui plonge vers Génissac, avant le rond point à 1,5 million de Francs du Conseil Général qui ne sert à rien du tout: encore du fric foutu en l'air au lieu d'élargir et de goudronner la route... Merde ! Un képi ! Le bras gauche bien levé, paume de la main tournée vers moi, le bras droit qui indique l'accotement de ce put... non, du rond-point tout court... Qu'est-ce qu'il veut celui-là? Clignoteur, je freine tranquille... D'ailleurs, je m'en fous, j'ai tout juste: j'ai la ceinture, je ne téléphone pas, je n'ai rien picolé depuis mon whisky d'hier soir... Bon, peut-être que les cinquante à l'heure faisaient soixante ou soixante-dix, mais... Une gendarmette s'approche de mon véhicule alors que je finis de me garer. La vitre électrique glisse silencieusement alors qu'elle m'adresse un salut strictement réglementaire:
Bonjour Monsieur. Permis de conduire, et papiers du véhicule s'il vous plaît.
Elle est assez grande, plutôt mignonne, mais son chapeau ridicule vient tout gâcher. J'ai envie de lui demander si je peux commander le même, mais ce n'est pas le moment de rigoler. Je coupe le moteur, détache paisiblement ma ceinture, et sors mes lunettes solaires (et aussi correctives) en lui adressant mon sourire "charme, confiance et respect des autorités": son intensité et sa puissance ne permettent pas de le traduire par des mots. Je sais, je pourrais vous le faire en photo numérique, mais j'ai la flemme:
Je vais vous trouver ça !
Je tourne les feuilles du portefeuille (quoi de plus normal?), et j'extrais avec d'infinies précautions le document rose à trois volet, d'une surface totale proche du format A3. Elle le tend la main pour s'en emparer...
Incroyable! Cette fille est super charmante! J'ignore les diplômes qu'il faut avoir pour entrer dans la gendarmerie, mais celle-là a dû passer les concours avec brio! Rien à voir les classiques moustachus obtus qui...
C'est bien du PeiF ça ! Pendant que je plane et que je baratine, l'autre ne perd pas le nord: elle veut des papiers, rien que des papiers... Allez, ce n'est pas de sa faute, d'ailleurs elle va être éblouie. J'évite adroitement la chute de la pile de CD qui encombre ma boîte à gants, et je sors le dépliant en poil ras synthétique d'un pseudo animal qui n'a jamais existé autre part que dans l'imagination d'un gars du marketing bossant pour un gros consortium pétrolier:
Elle contourne ma voiture par l'avant, et vient se placer en face des médaillons qui salissent tous les pare-brise de France et de Navarre. Ces yeux sautent du pare-brise vers les documents à plusieurs reprises. Suffisamment longtemps pour que je me souvienne... Elle fait mouvement vers ma vitre baissée:
Rien. Elle ne réagit pas du tout: pas de sourire, pas d'éclair dans ses yeux. Absolument rien. Dans les boucles de cheveux qui ont réussi à échapper à l'emprise du galurin, même pas l'esquisse d'un frisson. Elle regarde ailleurs. Car pendant ce temps, le sergent aux tempes grisonnantes, qui a arrêté la voiture qui me suivait, râle:
Eh oui Madame ! Il faudrait que votre clignotant avant gauche soit dans le même état que celui de droite ! Ecoutez, je vais le noter, vous le faites réparer et vous passez à la gendarmerie pour une vérification.
Quelle conne celle-là ! Elle me fout tout en l'air avec son clignotant pourri ! Descendre et mettre des grands coups de latte dans sa portière? Non, ça risquerait de ne pas être apprécié... Il faut juste insister:
Elle rigole. Plein pot. Le sergent aussi, qui a renvoyé la dame aux clignoteurs borgnes. Objectif atteint, c'est bon, je recule...
Elle répond discrètement d'un geste de la main à l'au-revoir que je lui offre pendant que le sergent salue impeccablement. Merde ! Je vieillis, j'ai manqué de réflexe: si j'avais eu encore vingt ans... Ou entre dix-sept et... et mettons vingt-cinq ans (c'est juste après que je suis devenu sérieux), je serais sorti, j'aurai coupé une fleur, et je l'aurais offerte à la gendarmette. Qu'est-ce que c'est con de vieillir ! Faire un demi-tour et revenir pour jouer ce gag ? Tentant, mais... non, ça ferait réchauffé, c'est pas bon. Dommage. Cette fois je suis vraiment en retard: tout ça a pris des plombes.
Evidemment, les travaux se poursuivent entre Libourne et Bordeaux, si bien qu'une seule voie sur deux est ouverte. C'est quand même dingue: boucher toute une voie pour poser une fibre optique qui mesure un ou deux microns de diamètre ! Ca vient de la culture des Ponts et Chaussées: ces mecs passent des jours et des mois à calculer exactement l'épaisseur de béton d'un pont ou le diamètre d'un pilier, puis dès qu'ils ont fini, ils multiplient les résultats par dix ou par cent histoire d'être sûrs ! Pas le temps de m'arrêter pour expliquer que tout ce matériel est disproportionné, car les filles m'attendent.
Ne comptez pas sur moi pour vous dire lesquelles, où les trouver, leur numéro de portable et le reste ! Vous ne saurez rien d'autre que ce qui suit: ces filles sont infectées par un virus. Pas un virus qui donnerait de gros boutons rouges, ni un qui rend fou. Non, juste le virus "KAK", qui se transmet via la messagerie "Outlook Express" et qui perturbe les messages HTML. Je les ai rassurées au téléphone, mais j'ai bien senti qu'elles demeuraient inquiètes. Elles savent qu'il est là, caché dans leur ordinateur, qu'elles ne touchent qui du bout des doigts. Elles dépriment. Il faut que je me dépêche avant qu'elles ne développent une arthrose ou pire, qu'elles sombrent dans la paranoïa.
Bien sûr, les quais sont saturés à cause des travaux du tramway "Juppé - Rousset - Madrelle". Dire que j'ai pris le tramway à Bordeaux pendant dix ans ! Il était très chouette, rouge en bas, beige en haut, avec de grands pantographes qui faisaient valser les caténaires. Le chauffeur disposait de superbes manettes en cuivre brillant pour piloter l'engin. A l'époque, il n'y avait pas de panneaux "interdiction de parler au chauffeur": il pouvait donc expliquer au gamin que j'étais comment ça accélérait et ça freinait. Ca couinait de partout, et je pensais que si mon grand-père passait par là, il ajouterait de l'huile un peu partout. Et bien sûr, il y avait le contrôleur avec une grande casquette, et une sacoche de cuir dont la bretelle lui barrait la poitrine. Parfois, il vérifiait qu'en montant nous avions bien fait un trou dans le ticket gris-vert. Les tickets n'étaient pas jolis, mais bon... souvent, des confettis gris-vert décoraient le plancher des voitures, car le bidule situé sous la poinçonneuse s'ouvrait, et c'était un peu comme à la fête du quinze août.
En 1960, ils ont arrêté les tramways pour les remplacer par des bus rouges qui puaient le diesel en nous disant que c'était mieux. On ne savait pas pourquoi, mais c'était mieux. Le plus triste, c'est quand ils ont démonté les rails du cours de la Marne et de la place de la Victoire: dans les rêves de mes dix ans, je me disais que peut-être un jour les tramways reviendraient. Au moment où les pioches ont attaqué les pavés pour virer les rails - dans lesquels il n'était par rare qu'une roue de vélo vienne se glisser, ce qui était toujours super rigolo: soit le gars continuait tout droit, freinait doucement sa course et descendait, soit il s'affolait et tentait malgré tout de tourner son guidon et la boum ! Par terre ! ... je disais quand les rails ont disparu, j'étais très triste, car j'ai compris que c'était foutu pour le tramway. Eh bien non ! Finalement, j'ai juste dû attendre quarante ans, et hop, il revient ! Pourquoi ? Parce que c'est "mieux" une fois de plus ! Cette fois ils disent que ça pollue moins, que ça fait moins de bruit, que ça coûte moins cher... Qui sait, peut-être que dans quarante ans, ils remettront des bus ! Mais j'en aurai plus rien à foutre, ils feront ce qu'ils voudront.
Les filles sont tellement heureuses de me voir arriver qu'elles en oublient mon retard: elles se précipitent pour dégager l'incroyable bazar qui règne sur leurs bureaux, puis lancent un café tout neuf avant de m'apporter un cendrier. Je me plonge dans les effacements / remplacements de "autoexec.bat" et autres bricoles qui salissent le registre, j'installe le correctif qui bouche le trou oublié par Microsoft qui a permis aux petits malins de "KAK" de se glisser dans la machine, et je reboote. C'est bon, plus de virus. Hélas, il est devenu impossible d'envoyer un nouveau message: "Ce programme a causé une erreur fatale..." raconte Windows. C'est un coup classique: le "MacAfee Virus scan" est activé ainsi que sa "protection Internet" qui laisse passer KAK ! Je la débranche, et hop ça marche. Un jour où j'aurais le temps, il faudra que je vous parle des antivirus, car c'est de la daube marketing. Les filles sont folles de joie, leurs yeux brillent de plénitude et de confiance retrouvée.
Alors qu'elles continuent à bosser, je pars déjeuner avec le copain Hervé. Ne cherchez pas, il n'est pas encore sur la page des "copains": il faudra que je m'occupe de son cas un de ces jours, car c'est un très bon copain. J'essaye de trouver un restau dont le copain Seb m'a parlé un jour, mais en vain.
Je peux vous assurer que ce restau - bar - club est vraiment très chouette: une déco très originale, une carte encore plus originale, et un superbe site Web auquel vous accéderez en cliquant ici. Attention, il faut le lecteur FLASH (proposé en en page d'accueil); et soyez patient pour le téléchargement des images et des sons, ça vaut le coup d'oeil !
Nous déjeunons simplement mais parfaitement en devisant du monde et des affaires, et notre conversation se prolonge au bureau du copain Hervé. Le temps passe vite...
Ca coince un peu en bas des boulevards, mais ça s'arrange rapidement. Heureusement, car pas question d'être en retard une seconde fois ! J'ai rendez-vous avec Achille, et si je suis en retard, je vais en prendre une... non, peut-être pas, mais j'en entendrai parler pendant dix ans ! Parce qu'avec Achille, l'heure c'est l'heure: il ne rigole pas avec les pendules. Ni avec l'organisation en général: il s'est occupé de longue date des billets, il m'avait proposé de passer prendre l'apéritif chez lui avant le concert, mais finalement nous sommes convenus qu'il était plus pratique de se retrouver au centre. Le plan d'action est très pur: rendez-vous au "Connemara Irish Pub" en haut du cours d'Albret à 18h30; on pompe et on bouffe léger, genre salade club tout en discutant car Achille a des trucs à raconter; à 20h30, nous rentrons en concert; et à la sortie, on verra. Hormis cette dernière incertitude, qui souligne d'ailleurs le fait qu'Achille apprécie également une certaine improvisation, un truc carré, béton, implantable.
La fameuse pénétrante m'offre de multiples places pour me garer, mais vous savez ce que c'est: quitte à pénétrer, pénétrons ! Je poursuis donc avec une certaine jouissance ma pénétration. Le prochain croisement, c'est la préfecture avec la patinoire juste derrière... Il faut aussi savoir freiner ses pénétrations: je me gare donc dans un soupir de béatitude.
Il est 17h35, j'ai presque une heure d'avance ! C'est super: je vais aller faire un tour chez MOLLAT et peut-être chez MAXI LIVRES. Comme je passerai devant le Pub, j'aurai le loisir de repérer le lieu de rendez-vous que je ne connais pas. Je glisse l'appareil photo numérique dans le blouson, et hop, à nous deux Bordeaux ! Devant la patinoire, des mecs commencent à s'agiter: munis d'énormes badges, ils transportent des barrières de sécurité, alors que le chef gueule: "Non, les solides pour protéger la scène, les légères dehors, j'en ai rien à foutre de ce qui se passe dans le rue!". Je considère que ce mec a raison: c'est à Daniel VAILLANT, ce plouc qui a osé remplacer Jean-Pierre Chevènement de s'occuper de la rue, pas à lui.
Le cours d'Albert sur lequel je débouche est complètement paralysé: seuls les cyclistes et les motos évoluent dans un décor figé. Même les klaxons semblent s'être lassés. Au carrefour de la place de la République, c'est pire: deux bus à trois wagons (ceux là vont bientôt crever avec le retour du tramway, et ça me procure une joie intense) se sont engagés sans vraiment pouvoir tourner, coupant toute la circulation. Qu'est-ce que c'est chouette d'être piéton !
C'est alors qu'au loin, je distingue un attroupement. Quelque chose d'énorme, mais qui ne semble pas faire beaucoup de bruit. Des gens occupent la chaussée, si bien qu'une seule file d'automobile ne peut se glisser au travers. C'est peut-être les infirmières qui manifestent? D'habitude elles vont sur les ponts... Un nouveau mot d'ordre?
Aucune infirmière. Presque que des mecs. Disons... Maxi 0,1% de nanas. Tous et toutes rayés horizontalement vert blanc, vert blanc, et encore vert banc: les supporters du CELTIC GLASGOW sont là et nulle part ailleurs. Ils sont peut-être mille, deux mille, trois mille, je ne sais pas. Ils ont envahi tous les trottoirs, presque toute la chaussée à quatre voies, les places alentours... Tout. Des cars marqués "Police" stationnent ci et là. Deux cordons de CRS protègent les supporters des automobilistes, et essayent de les faire traverser en groupe. Car ils vont et viennent pour une raison toute simple: le ravitaillement en bière s'effectue depuis un bar situé du côté de la chaussée où il y a le moins de place: les allées-venues sont donc incessantes, car la consommation est terrible. Et tous les énormes gobelets de bière sortent d'où ? Du "Connemara Irish Pub", évidemment ! Dans un mail, Achille m'avait dit "tu verras, c'est sympa, cool, ça fait piano bar, on sera tranquille"... Bien vu Achille ! Je traverse la zone de perturbation: il vaut mieux avancer, ça monte, je verrai mieux arriver Achille...
Il faudrait une photo prise depuis un hélico pour rendre vraiment compte de l'ampleur du problème. J'acquis la conviction que jamais je ne reconnaîtrais Achille dans cette zone. Pas grave, on se retrouverait devant la patinoire. Evidemment, si Achille avait un portable, ça aurait été plus facile. Mais en bon charentais, Achille n'aura un portable que lorsque tous les auvergnats seront équipés, et que les opérateurs paieront leurs abonnés pour utiliser leurs engins! Pas la peine de rester là, ça ne servait à rien... Allez, un moment encore pour observer. La bière coulait à flot depuis le pub, mais certains ne s'en contentaient pas: des rayés vert et blanc descendaient par salves successives depuis la place Gambetta munis de frontignans de Bordeaux, de Fronsac ou de Médoc. Ces nouveaux apôtres se montraient généreux avec leur semblables, n'hésitant pas à leur faire découvrir les nectars de nos productions locales. Des chants venaient rehausser l'ambiance chaque fois qu'un drapeau émergeait d'un groupe. Une escouade déboula de l'hypermarché tout proche en poussant un caddy garni de pack de bière. Les plus résistants tapaient dans deux ou trois ballons arrivés là je ne sais commet. Les bus qui stoppaient à l'arrêt tout proche étaient entourés avant qu'un des multiples détenteurs d'une corne à brume ne vienne glisser son engin par une vitre entrouverte pour assourdir des passagers rieurs.
Désolé d'évoquer ce problème, mais un bon reporter se doit de ne rien négliger: comme vous le savez, la bière fait pisser. Hélas, aucune toilette publique n'était disponible à proximité, si bien que nos invités durent improviser. A lui seul, ce spectacle se révéla hilarant. Amis lecteurs, sachez que les écossais se comportent exactement comme nous: bien que nous n'en ayons pas vraiment besoin, nous recherchons systématiquement un "appui" pour pisser: on pisse contre un arbre, pas en plein champ. Même lorsque nous sommes seuls. Autre réflexe: quand il y en a un qui pisse, la plupart des autres suivent. Eh bien c'est pareil en Ecosse. Un chantier, le parvis du musée des Beaux-arts, est encadré par un "grillage à moutons" aux large mailles rectangulaires de 10 centimètres de côté, qui laisse passer aussi bien le vent que la pluie ou les regards. Aucune importance: par rafales successives, les écossais se regroupaient le long de la clôture, et pissaient à tout vent, en échangeant des soupirs et des rires de soulagement. Puis le grillage se retrouvait seul, jusqu'à ce qu'un téméraire ne vienne quelques minutes plus tard vidanger à son tour. Rapidement, une meute se dépêchait de le rejoindre. Et tout recommençait quelques instants plus tard.
Bien que l'heure du rendez-vous eut été dépassée, toujours pas d'Achille en vue. Soudain, j'ai pris conscience d'une évidence: Achille est légèrement têtu, si vous voyez ce que je veux dire. Donc s'il m'avait donné au "Connemara Irish Pub", il serait exactement dans le "Connemara Irish Pub", pas à côté ni ailleurs. Courageusement, je me lançais à l'assaut de l'édifice. Après un combat héroïque, je parvins à franchir le seuil de l'établissement. Rien d'autre que le bar qui forme une sorte d'arc de cercle: pas une table ni une chaise, que des supporters verts et blancs. En serrant de multiples mains qui se tendaient et en donnant moi aussi quelques tapes amicales sur les épaules, j'entrepris de faire le tour du sanctuaire. J'ai manqué me casser la figure, car si le sol de la véranda qui encombre le trottoir est recouverte d'une moquette, tout le reste est en plancher, ou plus exactement en bière - plancher particulièrement glissant ! Pas d'Achille... Je ressortis rapidement pour échapper à l'asphyxie. J'en fus récompensé par les adorables mollets poilus et roux d'un authentique porteur de kilt, qui n'avait pas oublié de porter les souliers vernis. Après un dernier coup d'oeil sur les fanions qui décoraient les grilles du jardin de la mairie, je me décidais à rejoindre la patinoire.
A mi-chemin, mon portable sonna:
Nous avons bien rigolé de ce lieu de rendez-vous "tranquille" en dégustant un sandwich saucisse. Puis nous avons pris la file d'attente, encore assez courte, en dégustant les mandarines qu'Achille avait amenées. Premier contrôle: un mec et une nana qui fouillent histoire de voir si on n'est pas des terroristes. Pas de bol: c'est Achille qui est du côté de la nana.
Pas question d'emmerder les gens qui suivent, je m'écarte et j'attends. Il continue de fouiller, alors qu'Achille me regarde depuis l'autre côté, cherchant lui aussi une solution...
Achille est déjà à mes côtés. Nous remontons la file. On croise un copain: David est venu voir Eddy, juste trois secondes, le temps de lui expliquer que je cherche à poser, louer, vendre un appareil photo ! La fille du guichet va partir dès le début du concert, elle ne peut rien faire. Le responsable de la sécurité qui porte un badge énorme est désolé, mais non, il n'y pas de solution. Derrière lui, un jeune pompier attend sagement. Je l'appelle:
En revenant, je suis repassé à la fouille. Devant le même mec. Exprès. Il a esquissé un geste, puis il m'a reconnu. Il m'a simplement poussé, sans fouiller, en disant juste "Passez". J'aurais pu avoir un 6x6 avec une optique de 200 mm, il s'en foutait. Habitués de la patinoire, retenez bien cette leçon !
Dans la salle, nous avons salué Jo, un autre copain, qui pour une fois ne courrait pas. Nous étions au parterre. Assez bien placés, au milieu de la salle. Hélas pas dans l'axe de la scène, le seul endroit ou l'acoustique soit bonne. Malgré tout, ce fut super: du grand, du vrai, du tonique et de l'authentique Eddy. Deux heures non-stop. Que retenir comme souvenirs forts ? La maîtrise des lumières, qui sculptent les décors de la scène; tous les musiciens, avec une mention spéciale au saxo - clarinettiste et au guitariste qui nous ont fait décoller; le balayage savant du répertoire, mixant le récent et l'ancien; et enfin le charme d'Eddy, parfois tout en tendresse, et le plus souvent habité par le rythme. Peut-être un regret: l'absence de choristes aux fesses frissonnantes et au seins généreux... mais je m'égare. Tout comme Achille qui s'est perdu entre "j'aime pas les gens heureux" et "couleur menthe à l'eau". Il ne m'a pas vu: pendant ce temps, grâce à l'appareil secret que j'avais glissé dans une chaussette, j'ai pu figer sur la pellicule quelques attitudes typiques d'Eddy.

Désolé pour la mauvaise qualité des photos,
mais j'ai travaillé dans des conditions difficiles,
et les éclairages de scène, très contrastés, se prêtent fort mal à la photographie.
J'ai taquiné le gin-fizz alors qu'Achille s'adonnait au Whisky-saour. Puis j'ai ramené Achille jusqu'à son parking: des verts et blancs traînaient encore par ci par là, mais ils se faisaient très rares.
Une grosse demie-heure plus tard, revenant dans ma campagne, j'abordais le rond-point de Génissac: la gendarmette avait disparu. Peut-être que si elle avait eu les yeux couleur menthe à l'eau...
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