| David |
Qu'il travaille dans une salle informatique traditionnelle ou dans un atelier prototype
à côté d'une monstrueuse machine, il lui faut au moins trois écrans-claviers pour
s'exprimer. La configuration devient idéale en ajoutant un mini-terminal à cristaux
liquides, un écran supplémentaire, un oscilloscope, et une très vieille imprimante à
aiguille. Il entreprendra des fouilles pour revenir avec une liasse de feuilles perforées
poussiéreuses. Après de subtiles manuvres, l'imprimante parviendra à noircir cinq
ou six mètres de code hexadécimal. Il se plongera alors pendant des heures dans ce
fouillis, soulignant les "4E75", coloriant quelques index "FED0"... Il
s'étirera, posera le feutre, cherchera du regard le collègue qui a depuis longtemps
renoncé à patienter. Une fois retrouvé, il laissera simplement tomber: "c'est pas
chez moi". Traduisez par " le bug ne se situe pas dans la partie du programme
dont je m'occupe, à toi de jouer".
Car David est d'abord un chasseur de bug. Bien sûr, comme tout informaticien, il en engendre... Je me suis souvent demandé si son goût pour cette chasse si particulière ne l'incitait pas à en éparpiller inconsciemment quelques uns. Il a toujours nié avec vigueur, mais le sourire qui accompagnait ses protestations laisse un parfum de doute...
Son flegme britannique flotte sur un océan de calme: impossible de le voir râler, jurer, ou plus simplement élever la voix... Il encaisse sans broncher les pires nouvelles, et s'adapte avec aisance aux situations les plus inattendues. Infatigable travailleur, il ne se départit jamais de cette simplicité qui imprègne les personnages authentiques.
Ne partez pas en voyage avec lui, sauf si vous aimez vraiment les sensations fortes: vous écraserez une automobile de location sur les glaciers de la Suède, tomberez en panne d'essence dans le coin le plus paumé de l'Iowa (nuitamment bien sûr, sinon ou serait le charme?), passerez une nuit entière dans un authentique pénitencier américain afin d'éviter de payer une amende... Il ne s'agit là que de quelques échantillons.
Il adore faire du sport, plus particulièrement des sports d'équipe où "ça bouge" : j'imagine qu'il purge son système nerveux au cours de ces parties... Pour ma part, je me contente de le retrouver sur le terrain de pétanque.
La photographie le montre en train de déguster un alcool de prune clandestin. Il s'agissait d'ailleurs d'un pot clandestin, qui suivait un dîner clandestin... Tout cela en mémoire d'un mail - qu'il m'adressa un jour de juin 1997 - que je n'oublierai jamais.