La coquille Argentique

Pas d'affolement, mais il faut grouiller quand même:dans un peu plus d'une heure, le copain E.T va débouler depuis l'Auvergne, et George déjeunera avec nous. J'entasse fébrilement les poches extraites du caddy du super-marché dans ma malle lorsque le portable sonne. C'est Coralie, la secrétaire de rédaction, qui s'inquiète en ce 2 août 2002:

Sur le court trajet du retour, l'affaire me turlupine: impossible de laisser tomber la douce et spirituelle Coralie en manque de papier. Pourtant j'ai rien, comme rien. Sitôt de retour, je me précipite sur le dossier "en attente". Et là, miracle ! J'ai le concours photo de Branne. C'est dans un mois, mais comme il faut s'inscrire, ça peut passer. En plus c'est un sujet été qui va bien avec l'ambiance de début août, malgré une météo défaillante. Je décroche mon téléphone pour le raccrocher aussitôt: il faut d'abord ranger les victuailles qui chauffent dans la malle. Puis j'appelle:

Sur le répondeur, il y a le message d'E.T qui raconte qu'il arrivera en retard. Mais pas George, qui arrive toujours à l'heure, ou avec un brin d'avance. Le texte est super facile à écrire, donc je vais aller prendre la photo de suite... Pas question! George va arriver, et si je ne suis pas là, il va râler pendant des mois! Il faut optimiser le temps: préparer les couverts, sortir les vins du chai, et que tout soit paré côté cuisine. Sans oublier l'apéro.

Le premier point sur les hauteurs est tellement bouché qu'il est inutile de descendre de la voiture. Le second permet de shooter sans conviction: la lumière va bien, mais l'angle est pourri. Dès le pont franchi, j'ai ma photo, celle que je voulais. Qu'importe: autant en profiter pour faire une collection en se baladant à coup de centaines de mètres le long de la rive pour shooter encore et encore. Tant et si bien que le copain E.T attend devant la porte quand George et moi revenons. Les copains servent l'apéro alors que j'extrais les photos sur Photoshop, et discutent alors que j'écris. Je balance le tout via l'Internet en titrant bêtement "Marathon Photo", avec pour accroche "Le patrimoine de l'Entre-deux-Mers rassemblera les amoureux de la pellicule argentique". Coralie coupera "la pellicule", parce que ça loge pas dans la page. Et trouvera le bon titre avec "Le patrimoine se prête à l'objectif".

L'ennui, c'est qu'à la composition (ce qu'on appelle prés-presse), ils ont réfléchi. Si bien qu'ils se sont dits qu'argentique pouvait pas exister. Donc, le lendemain...

Dès le lundi, c'est une Coralie furieuse qui a fait publier le rectificatif suivant:

Les rectificatifs étant peu lus, il convient de rester prudent. Il est bien possible que toute la communauté d'Argentins se retrouve à Branne début septembre. En invitant leurs cousins, qui quitteront leurs haciendas pour débouler sur leurs chevaux... Je vous tiendrai au courant !