Auvergne (2)

Après le café, je rassemblais appareil photo, Kway, tandis qu'Eric entassait blouson et bottes dans sa voiture. C'est sous un ciel menaçant que nous nous dirigeâmes au Nord-est vers le plateau de la Chavade qui se cache derrière cette roche.

 

La minuscule route qui relie quelques fermes grimpe jusqu'à 1200 mètres avant de se terminer par un chemin de terre, en grande partie recouvert d'herbes folles:

Pendant qu'Eric enfilait bottes et blouson de cuir, je fermais le Kway, et commençais à dégainer le matériel photo. Une pente douce nous conduisit en haut du plateau. Et là, ce fut le remake de la tempête du 27 décembre: un vent surpuissant qui coupe le souffle et fait vaciller. Des morceaux de nuages se déchirent et viennent vous envelopper. Plus bas, dans la vallée, ça semble tranquille, mais ici c'est le pont d'un navire égaré dans l'Atlantique Nord! De la main gauche j'essaye de maintenir le capuchon en place pendant que de la droite je shoote quelques photos.

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Plus loin, Eric hurle quelque chose: je n'entends rien, c'est contre le vent... Un quart d'heure plus tard, nous rejoignons le confort de la voiture:

Quelques minutes plus tard, trois kilomètres plus au Nord, nous atteignons un autre plateau, Chananeille. La tempête est terminée, envolée: place au soleil qui fait briller la verdure et les lacs, et qui partage sa chaleur entre nous et les vaches !

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La salers, reine d'Auvergne
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Valbeleix

Cap au Sud, et descente pour rejoindre Valbeleix (qui se prononce "valbelé"), le village natal de l'ami Eric. Regardez bien la photo. De suite, j'ai pensé à RIMBAUD et a son célèbre "Dormeur du val":

C'est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent; où le soleil, de la montage fière,
Luit: c'est un petit val qui mousse de rayons.

Remplacez rivière par ruisseau, et sous les trouées de lumière de cette fin d'orage, vous y êtes. Le monde moderne a la encore frappé: école, boulangerie, épicerie ont depuis longtemps tiré leurs rideaux. Perdue au flanc du coteau, la maison natale d'Eric n'abrite plus personne. Les rues sont désertes, à l'exception d'un grand-père qui tente de faire rêver son petit fils avec les truites qui se cachent sous l'eau des deux ponts: aussi étonnant que cela puisse paraître, Valbeleix compte quand même deux ponts routiers à l'heure ou Bordeaux n'en possède que le double ! C'est à quelques centaines de mètres de là qu'Eric a pêché sa première truite à la main, et qu'il retrouve la source (évidemment secrète) d'eau légèrement gazeuse.

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Le soir venant, nous avons rejoint le complexe bar - hôtel - restaurant: situé juste au bout du pont, le vaste bâtiment de construction récente est devenu le centre névralgique de la cité et des alentours. Il appartient à "la" Monique, qui y travaille avec son mari Roland et le concours de quelques employés locaux...

Mais avant de poursuivre, laissez-moi vous expliquer quelque chose d'important: là-bas, lorsque l'on parle d'une femme, il faut mettre "la" devant son prénom ou son nom. Intrigué par cette tournure germanique appliquée uniquement au sexe féminin, car on dit "Roland, Pierre ou Paul" sans mettre un "le" devant, j'ai interrogé Eric puis son père sur ses origines. La réponse fut: "c'est comme ça". Donc acte ! Je n'ai pas osé demandé à "la" Monique ce qu'elle en pensait, mais la prochaine fois...

Nous avons pris l'apéritif au comptoir. Ambiance d'un bar de campagne, avec beaucoup d'allés et venues parsemées de coups de fils: demain, c'est la foire à Brion. La Monique y occupera pas moins de deux burons pour rassasier la soif et l'appétit des éleveurs, maquignons et touristes. Dans le petit camion s'entassent d'énormes marmites, il faut rappeler le boulanger afin d'augmenter la commande de pain, les jambons et la charcutaille défilent sans panique, bien qu'une sourde inquiétude pèse: bien sûr, les professionnels seront au rendez-vous. Mais les touristes ne viendront que si le temps le permet: un peu trop de brouillard, ou pire la pluie les feront renoncer à l'exotisme. Alors... "on verra bien". Le fatalisme résigné prend le dessus alors que nous nous installons à table.

Une tarte au fromage délicieuse. Sitôt après, d'énormes potions de truffade au fromage, accompagnée d'immenses tranches de jambon. Délicieux, mais quelque peu étouffant, car pomme de terre, puis crème, plus fromage, c'est lourd... Si bien que nous abandonnons l'idée de finir le plat, non sans nous faire copieusement engueuler par la serveuse:

Effectivement, la raisonnable portion de tarte aux myrtilles vint apporter une sorte de soulagement. Après un café, retour à Belleguette: de nouvelles myrtilles se cachaient dans la liqueur confectionnée avec patience par Eric. Après quelques canons, je parvins malgré tout à grimper l'escalier qui conduisait à ma chambre, puis à grimper dans le lit à plume. Mais c'est une autre histoire...

A suivre...