Auvergne (1)

La veille, j'avais vérifié la pression des pneus, le niveau d'eau de la batterie et celui du réservoir du lave-vitre. Les quatre cartons de Charlemagne 1998 étaient bien calés dans la malle. Puis j'avais entassé dans une sacoche l'appareil photo, les bobines de film, des piles de rechange ; dans un cartable le PC portable et ses fils de raccordement ; dans la valise quelques vêtements. Le dossier d'Eric composé de six pages décrivant le trajet (incluant des photocopies de cartes d'état-major) était posé au dessus de mes cartes Michelin. Le thermos n'attendait plus que l'eau fraîche. Alors j'ai cherché le sommeil : demain, il faudrait partir tôt, vers six heures, afin d'éviter le flux des touristes de cette fin août et d'arriver bien avant l'heure de l'apéritif.

A quatre heures, j'étais debout, coupant la ridicule alarme du réveil calée sur cinq heures. Une douche, un café accompagné de quelques tartines, le plein du thermos, et j'entassais les bagages dans l'automobile : à cinq heures pile, je quittais ma campagne sous le crachin. Castillon-la-Bataille, Villefranche-de-Lonchat, Montpon-Ménestérol… des terres familières. Au delà commençait la grand route, la célèbre N89 qui contourne Périgueux - où la pluie vint remplacer le crachin, puis s'enfonce vers Brive-la-Gaillarde.

Les corréziens de Brive ont un sens aigus du marketing routier : de multiples panneaux font croire au passant qu'il va contourner la ville. Il n'en est rien : après le parking du CASINO, les panneaux "toutes directions" sont superposés aux panneaux "centre ville". Décor, circulation assez dense même à cette heure matinale et multiples feux tricolores confirment que pendant des années, ces gens n'ont pas dû payer beaucoup d'impôts.

A Tulle, ce fut franchement l'orage, essuies-glace calés sur la vitesse maximale afin de conserver un peu de visibilité. Tout se calma avant Egleton et sa célèbre école de travaux publics. C'est à Saint-Angel que l'on prend plaisir à abandonner la N89 au profit d'une superbe route départementale large et fraîchement goudronnée, qui sillonne entre les sapins vers Bort-les-Orgues.
Enfin je découvrais ce patelin pour lequel j'ai une affection toute particulière : depuis l'édification du barrage, les flots de la Dordogne sont tellement mieux contrôlés que les inondations brutales qui envahissaient autrefois les rues de mon village ne sont plus que des souvenirs. Pas le temps de s'arrêter pour contempler l'édifice, ce serait pour le retour. Je dû me résoudre à un demi-tour, ayant raté la départementale 679 cachée en plein centre ville.

A partir de là, tout change : la route étroite vire, monte, descend dans l'étroit passage imposé par les gorges de la Rhue. La prudence et le paysage limitent de facto la moyenne autour de cinquante kilomètres heure. Les villages sont rares : simplement quelques hameaux posés au hasard de la construction d'une petite centrale électrique. Puis c'est Condat, Espinchal, et enfin Compains. Après cinq heure trente de conduite, Eric vint m'ouvrir le portait du buron de son domaine de Belleguette (au centre de la carte).

Sous un ciel toujours couvert, je fis connaissance avec les lieux en suivant mon guide. Autant vous prévenir de suite : en 1834, ils bâtissaient solide ! Des murs de plus de 70 centimètres d'épaisseur protègent de la rigueur de l'hiver aussi bien que des chaleurs estivales. Patiemment, Eric restaure les cheminées massacrées par les anciens propriétaires.

Les poutres de la charpente sont tout simplement des troncs débarrassés de leur écorce. La grande salle est exceptionnelle : un vaste plancher, des lits bateaux dont la menuiserie s'accorde parfaitement avec l'énorme cheminée. C'est encore un vaste chantier, mais un jour, elle rayonnera comme jamais. Il ne manque qu'un longue table de bois entourée de bancs ou de jolies chaises : si vous avez l'intention de faire un cadeau à Eric, vous savez désormais vers quoi vous orienter !

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Bien que l'eau courante soit disponible, nous sommes partis chercher à la fontaine située à quelques mètres de la maison l'eau pour le Ricard.

 

Une averse nous a contraint à abandonner le projet de grillade dans le jardin : c'est donc la cheminée de la cuisine qui s'est chargée de faire dorer de délicieuses côtes d'agneaux, que vint agrémenter un Médoc de dix ans d'âge.

 

Belleguette n'est pas un village : un simple hameau de quelques maisons entourées de leur dépendances. On peut supposer que le four à bois qui s'appuie sur le garage d'Eric (partiellement masqué par le tas de bois en vrac du voisin) servait à nourrir tous les habitants.

Autour, quelques voisins invisibles, à l'exception de "la" Maria qui, sachant qu'un invité vient d'arriver, se fait discrète en pour alimenter mon hôte en nouvelles locales. Eric laisse entrer ses deux chiens, gardiens du hameau, dans sa cour et les alimente de nos restes. Plus tard quelques poules s'aventurent vers l'écuelle pour picorer les bribes de nourriture oubliée. "La" Maria ne travaille plus : elle vit de sa retraite, et des compléments que lui apportent quelques notables de Clermont-Ferrand qui descendent de superbes automobiles lors de certains cycles lunaires. Car "la" Maria possède des pouvoirs qui soignent et guérissent.

A suivre...