Aqualinde

Les 50km de Lalinde
AQUALINDE, ou le plaisir de courir
sous l'eau, dans l'eau et sur l'eau !

par Joël DELMAS

lalinde23.jpg (41564 octets) 5h45, dimanche 4 Mars.
  • Bip bip bip bip bip...
  • ...
  • Bip bip bip bip bip...
  • hmmm...

Ah oui, c'est vrai…Lalinde ! J'ouvre un œil. C'est inutile, il fait encore nuit. J'écoute, ou plutôt j'égoutte : il pleut. Encore ! Mon fils Hugo émet des grognements à mes côtés.

  • Pfffff ! Allez Hugo, va falloir se lever.
  • hmmmm

J'allume, je me lève, je m'habille : débardeur , t-shirt long , collant , strapping des chevilles, chaussures de trail , mini guêtres. J'enfile une polaire par dessus tout ça pour garder la chaleur de la nuit, qui a été courte… Nous avons dormi chez mes parents près de La Réole. Ma mère se lève et nous prépare du café, nous sert du riz au lait, un chocolat chaud pour Hugo.

  • et tu vas courir combien de temps, là ?
  • Oh, 4 ou 5h, pas plus, ça devrait aller
  • mais tu as de quoi te couvrir au moins ? !

Ah les mamans ! Au fait, bonne fête Mamie !

6h45
Ma vieille Mercedes s'ébroue et nous fait part de son mécontentement d'avoir dormi sous la pluie et dans le froid. Cliquetis de bielles et culbuteurs. Eau et gaz à tous les étages… C'est parti, sous la flotte ! Il n'y a personne en ce Dimanche de carnaval à 7h du matin. La Réole, pluie ; Marmande, il pleut ; Bergerac, pluie ; Lalinde, il pleut aussi… Hugo dort.

Nous arrivons au Moulin de la Guillou à 8h10. Il pleut toujours. La course commence à 8h30. Je finis de me préparer dans la voiture pendant que des bénévoles dégoulinants nous guident vers un parking boueux, sur les berges de la Dordogne. J'enfile mon coupe-vent " respirant " et étanche (merci "raid-light")

  • passe-moi le dossard et les épingles, et puis mon petit sac banane aussi !
  • hmmm ? ? !
  • couvre-toi bien et surtout ne reste pas sous la pluie ; va voir les gens de l'organisation, ils auront sûrement quelque chose à te faire faire, rend toi utile. Je serai là vers 13h.
  • ok Papa, bonne course !

Il reste 5mn avant le départ. Je n'ai pas le temps de me " chauffer " un peu. (J'espère mieux me comporter que ma vieille voiture!). J'embrasse mon fiston. Un coup de canon, et c'est parti ! Je me faufile au milieu des marcheurs pour rejoindre les coureurs à l'avant de la course.

  • Hé ! où tu vas comme ça ? t'es pressé ?

Je m'arrête sur une butte, pour photographier cette foule : 1500 personnes emmitouflées qui de k-way, qui de sacs poubelles ou autre truc étanche pour ne pas prendre froid dans les premiers mètres de cette course de …50km. Il fait 6 ou 7°. 300% d'humidité garantie ! En tête, les premiers ont déjà disparus dans les brumes et nébuleuses matinales. Après la traversée du pont sur le canal, le passage à niveau voulant participer à la fête se met à clignoter de rouge et à baisser ses barrières…j'accélère. Passage du T.E.R. Je me retourne, les trois quarts des coureurs s'agglutinent contre ce drôle de sémaphore. Je suis passé .

Une bonne côte sur le goudron et nous rejoignons le terrain de jeu de cette superbe journée dans le Périgord noir : le GR6. Là commence la fête…. Un sentier superbe au milieu des chênes verts, des taillis, des demeures ancestrales en moellons. J'avais fait cette course l'an dernier, sous un beau soleil. Aujourd'hui… Aujourd'hui, faut pas avoir peur de se mouiller ! Il pleuvra toute la journée.

Premier ravitaillement à St Meyme, 7eme km : un tunnel de maraîcher. Au moins c'est étanche ! Thé, café, friandises. Je dois être dans les 150eme. Le terrain n'est pas encore trop défoncé.

On sort du chemin pour descendre par une petite route sur Mauzac, et son château : photo ! 11eme km : les quais de la Dordogne, on m'annonce 104eme.

  • t'es sûr ?
  • ouais, mais dépêche-toi, t'a du monde derrière

En 2000, j'avais fini 82eme. Je me sens bien, je suis dans les temps : 1h05 après le départ. Il va falloir garder ce rythme, pas plus, pas moins, s'économiser un max vu l'état du terrain.

Après, difficile de décrire la course dans le détail, de prendre des repères. Chemins boueux, de plus en pluies…Glissades, dérapages, jurons, rigolades.

  • C'est quoi tes godasses ? me demande un malheureux qui vient de se vautrer dans une bauge. Je suivais depuis un moment ses embardées approximatives.
  • Aucune importance, c'est des palmes qu'il faut aujourd'hui !

Je n'évite plus les flaques, je fonce tout droit ; mouillé pour mouillé… Dur quand même.

Ma cheville gauche commence à manifester... C'est rien, ça va passer... à chaud ! Au 25eme km à Vicq, je suis dans les 75eme, sans changer de tempo. Je compte ceux que je dépasse, ça occupe l'esprit, ça motive. Tactique Réunionaise… Tiens, la douleur à la cheville gauche s'est fait des copines : inflammation des tendons, entorses sous-jacentes... Chaque pas posé dans la boue cherche un appui qui n'existe pas, ou alors très relatif. J'ai l'impression de conduire une voiture sur la neige : garder sa vitesse, mais pas trop vite, anticiper les trajectoires, rester vigilant !

Pressignac, Montirat : 31.5km Ravitaillement. Photo !

  • Allez mesdames, un petit sourire !

Je m'accroupie pour la photo, je me relève… Ah c'est nouveau ça : fessiers et adducteurs en alerte rouge. Il faut boire, il faut boire plus, ça sent la surchauffe !

  • Allez ! plus que 20km, bon courage !

Ouf, un peu de route. J'essaye d'allonger la foulée, de détendre un peu tout ça. Refus catégorique de la mécanique. J'ai l'impression que mes muscles ont rétréci, des lombaires aux orteils. J'adopte une foulée courte, rasante, plus lente ; c'est un peu mieux. Très vite, retour sur chemin : c'est reparti pour les glissades et autres embardées. Et merde ! Je serre les dents. J'ai mal partout.

Cause, 38eme km. Joli village. Quelques mamies sous des parapluies nous encouragent, un jeune vttiste crépi de la tête aux pieds rigole en nous voyant passer. "clap clap clap, bravo !" Merci mon drôle !

Baneuil, 41eme km. Ravitaillement dans la salle des fêtes, enfin je crois que c'était ça ! J'hésite, je m'arrête. Les derniers km risquent d'être très durs.

Une jeune et jolie secouriste de la croix rouge me demande si je n'ai besoin de rien ! Une autre moins accorte me propose une boisson chaude: "on ne sait plus quoi choisir!", dit-elle. Je choisis un thé bien chaud, bien sucré, un bout de kiwi, et je repars, ou plutôt j'essaye. J'ai l'impression d'avoir les cuisses enserrées dans un carcan ! (vous avez vu Jeanne d'Arc ?) Un groupe de 5 ou 6 coureurs me dépasse, impossible de les suivre, mais je suis arrivé à repartir, doucement, profitant du bitume. J'en rattrape d'autres.

Je fais un bout de route avec un autochtone. Il est en short et débardeur ! J'hésite à lui demander s'il serait pas peintre à Lascaux, mais j'ai aussi envie de finir la course.

  • Oh putain gue, c'est dur ! Quelle galère !

On papotte un peu. Il a fait les 100km de Belvès l'an dernier, ma prochaine grande course.

  • T'inquiète pas, c'est plus roulant.

J'espère. Tiens, le 45eme km. Enfin on redescend sur Lalinde par un chemin , boueux évidemment. Je pense à ceux qui vont passer là dans quelque temps, bonjour la luge ! Ah ! Revoilà le canal, on le retraverse et on le longe pendant 1 km, ça sent l'écurie ! Là, je tente une accélération : partie de patinage. Je maîtrise très mal le pas du patineur...

49,5km : goudron, arrivée imminente ! Devant moi la silhouette dégingandée d'un coureur à l'agonie, à 200m. Celui-là je me le fais ! Je le double dans les derniers 50m " ah non ! ", râle-t-il ; trop tard mon vieux ! hi hi hi... Et là, je le reconnais, c'est Olivier des "anonymes du campus". Je suis (presque) déçu que ce soit lui. Tant pis. C'est la course. Hugo est là !

  • Allez Papa !

C'est fini. Je pointe : 50eme en 4h45'

  • Bravo Papa !

On me remet un beau diplôme et un t-shirt. Tout en reprenant mon souffle je vais serrer la main à Olivier :

  • Sans rancune ? Bravo ! On se retrouve tout à l'heure autour d'un verre ?
  • Pas de problème…je suis vraiment cuit, et toi ?
  • Pareil.

Hugo me guide vers les douches en m'expliquant dans le détail le fumet de la soupe à l'ail, du rôti de porc et autres confitures.

  • T'as faim ?
  • Oui ! mais je t'ai attendu ! Tu sais, j'ai rempli des dizaines de bouteilles de rouge pour les mettre sur les tables !
  • Bonne idée !
  • Sinon y'a aussi de l'eau si tu veux
  • Grrrrr !

On lui a offert un ticket repas pour son aide, sa participation. C'est bien Hugo. Nous nous restaurons enfin au milieu des centaines de coureurs épuisés. Certains n'ont pas pu attendre et avalent goulûment leur soupe brûlante, encore tout crottés. Les commentaires vont bon train :

  • C'est pas tous les jours que l'on fait un cross de 50 bornes !
  • Remarque on a pas eu la neige !

Je ne suis pas mécontent de ma course. Même chrono que l'an passé alors que la plupart (le premier compris) ont mis une demie-heure de plus. C'est l'entraînement assidu, ou le " métier " qui rentre ? Pas le climat en tout cas ! A l'an prochain Lalinde, peut-être, mais avec moins de pluie alors !

Joël DELMAS - Dossard 456

lalinde21a.jpg (30434 octets)
lalinde20.jpg (32480 octets)
lalinde18.jpg (38102 octets)
lalinde17.jpg (39150 octets)
lalinde16.jpg (35597 octets)
lalinde15.jpg (49513 octets)
lalinde14.jpg (39138 octets)
lalinde13.jpg (25490 octets)
lalinde11.jpg (46314 octets)
lalinde10.jpg (51705 octets)
lalinde08.jpg (46969 octets)
lalinde07.jpg (33561 octets)
lalinde06.jpg (37742 octets)
lalinde04.jpg (52676 octets)

diplome_lalinde.gif (61042 octets)


Découvrez le Grand Raid de la Réunion !