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5h45, dimanche 4 Mars.
- Bip bip bip bip bip...
- ...
- Bip bip bip bip bip...
- hmmm...
Ah oui, c'est vrai…Lalinde ! J'ouvre un œil. C'est
inutile, il fait encore nuit. J'écoute, ou plutôt j'égoutte : il pleut.
Encore ! Mon fils Hugo émet des grognements à mes côtés.
- Pfffff ! Allez Hugo, va falloir se lever.
- hmmmm
J'allume, je me lève, je m'habille : débardeur ,
t-shirt long , collant , strapping des chevilles, chaussures de trail ,
mini guêtres. J'enfile une polaire par dessus tout ça pour garder la
chaleur de la nuit, qui a été courte… Nous avons dormi chez mes
parents près de La Réole. Ma mère se lève et nous prépare du café,
nous sert du riz au lait, un chocolat chaud pour Hugo.
- et tu vas courir combien de temps, là ?
- Oh, 4 ou 5h, pas plus, ça devrait aller
- mais tu as de quoi te couvrir au moins ? !
Ah les mamans ! Au fait, bonne fête Mamie !
6h45
Ma vieille Mercedes s'ébroue et nous fait part de son mécontentement
d'avoir dormi sous la pluie et dans le froid. Cliquetis de bielles et
culbuteurs. Eau et gaz à tous les étages… C'est parti, sous la flotte
! Il n'y a personne en ce Dimanche de carnaval à 7h du matin. La Réole,
pluie ; Marmande, il pleut ; Bergerac, pluie ; Lalinde, il pleut aussi…
Hugo dort.
Nous arrivons au Moulin de la Guillou à 8h10. Il pleut
toujours. La course commence à 8h30. Je finis de me préparer dans la
voiture pendant que des bénévoles dégoulinants nous guident vers un
parking boueux, sur les berges de la Dordogne. J'enfile mon coupe-vent
" respirant " et étanche (merci "raid-light")
- passe-moi le dossard et les épingles, et puis mon
petit sac banane aussi !
- hmmm ? ? !
- couvre-toi bien et surtout ne reste pas sous la pluie
; va voir les gens de l'organisation, ils auront sûrement quelque
chose à te faire faire, rend toi utile. Je serai là vers 13h.
- ok Papa, bonne course !
Il reste 5mn avant le départ. Je n'ai pas le temps de
me " chauffer " un peu. (J'espère mieux me comporter que ma
vieille voiture!). J'embrasse mon fiston. Un coup de canon, et c'est parti
! Je me faufile au milieu des marcheurs pour rejoindre les coureurs à
l'avant de la course.
- Hé ! où tu vas comme ça ? t'es pressé ?
Je m'arrête sur une butte, pour photographier cette
foule : 1500 personnes emmitouflées qui de k-way, qui de sacs poubelles
ou autre truc étanche pour ne pas prendre froid dans les premiers mètres
de cette course de …50km. Il fait 6 ou 7°. 300% d'humidité garantie !
En tête, les premiers ont déjà disparus dans les brumes et nébuleuses
matinales. Après la traversée du pont sur le canal, le passage à niveau
voulant participer à la fête se met à clignoter de rouge et à baisser
ses barrières…j'accélère. Passage du T.E.R. Je me retourne, les trois
quarts des coureurs s'agglutinent contre ce drôle de sémaphore. Je suis
passé .
Une bonne côte sur le goudron et nous rejoignons le
terrain de jeu de cette superbe journée dans le Périgord noir : le GR6.
Là commence la fête…. Un sentier superbe au milieu des chênes verts,
des taillis, des demeures ancestrales en moellons. J'avais fait cette
course l'an dernier, sous un beau soleil. Aujourd'hui… Aujourd'hui, faut
pas avoir peur de se mouiller ! Il pleuvra toute la journée.
Premier ravitaillement à St Meyme, 7eme km : un tunnel
de maraîcher. Au moins c'est étanche ! Thé, café, friandises. Je dois
être dans les 150eme. Le terrain n'est pas encore trop défoncé.
On sort du chemin pour descendre par une petite route
sur Mauzac, et son château : photo ! 11eme km : les quais de la Dordogne,
on m'annonce 104eme.
- t'es sûr ?
- ouais, mais dépêche-toi, t'a du monde derrière
En 2000, j'avais fini 82eme. Je me sens bien, je suis
dans les temps : 1h05 après le départ. Il va falloir garder ce rythme,
pas plus, pas moins, s'économiser un max vu l'état du terrain.
Après, difficile de décrire la course dans le détail,
de prendre des repères. Chemins boueux, de plus en pluies…Glissades,
dérapages, jurons, rigolades.
- C'est quoi tes godasses ? me demande un malheureux
qui vient de se vautrer dans une bauge. Je suivais depuis un moment
ses embardées approximatives.
- Aucune importance, c'est des palmes qu'il faut
aujourd'hui !
Je n'évite plus les flaques, je fonce tout droit ;
mouillé pour mouillé… Dur quand même.
Ma cheville gauche commence à manifester... C'est rien,
ça va passer... à chaud ! Au 25eme km à Vicq, je suis dans les 75eme,
sans changer de tempo. Je compte ceux que je dépasse, ça occupe
l'esprit, ça motive. Tactique Réunionaise… Tiens, la douleur à la
cheville gauche s'est fait des copines : inflammation des tendons,
entorses sous-jacentes... Chaque pas posé dans la boue cherche un appui
qui n'existe pas, ou alors très relatif. J'ai l'impression de conduire
une voiture sur la neige : garder sa vitesse, mais pas trop vite,
anticiper les trajectoires, rester vigilant !
Pressignac, Montirat : 31.5km Ravitaillement. Photo !
- Allez mesdames, un petit sourire !
Je m'accroupie pour la photo, je me relève… Ah c'est
nouveau ça : fessiers et adducteurs en alerte rouge. Il faut boire, il
faut boire plus, ça sent la surchauffe !
- Allez ! plus que 20km, bon courage !
Ouf, un peu de route. J'essaye d'allonger la foulée, de
détendre un peu tout ça. Refus catégorique de la mécanique. J'ai
l'impression que mes muscles ont rétréci, des lombaires aux orteils.
J'adopte une foulée courte, rasante, plus lente ; c'est un peu mieux.
Très vite, retour sur chemin : c'est reparti pour les glissades et autres
embardées. Et merde ! Je serre les dents. J'ai mal partout.
Cause, 38eme km. Joli village. Quelques mamies sous des
parapluies nous encouragent, un jeune vttiste crépi de la tête aux pieds
rigole en nous voyant passer. "clap clap clap, bravo !" Merci
mon drôle !
Baneuil, 41eme km. Ravitaillement dans la salle des
fêtes, enfin je crois que c'était ça ! J'hésite, je m'arrête. Les
derniers km risquent d'être très durs.
Une jeune et jolie secouriste de la croix rouge me
demande si je n'ai besoin de rien ! Une autre moins accorte me propose une
boisson chaude: "on ne sait plus quoi choisir!", dit-elle. Je
choisis un thé bien chaud, bien sucré, un bout de kiwi, et je repars, ou
plutôt j'essaye. J'ai l'impression d'avoir les cuisses enserrées dans un
carcan ! (vous avez vu Jeanne d'Arc ?) Un groupe de 5 ou 6 coureurs me
dépasse, impossible de les suivre, mais je suis arrivé à repartir,
doucement, profitant du bitume. J'en rattrape d'autres.
Je fais un bout de route avec un autochtone. Il est en
short et débardeur ! J'hésite à lui demander s'il serait pas peintre à
Lascaux, mais j'ai aussi envie de finir la course.
- Oh putain gue, c'est dur ! Quelle galère !
On papotte un peu. Il a fait les 100km de Belvès l'an
dernier, ma prochaine grande course.
- T'inquiète pas, c'est plus roulant.
J'espère. Tiens, le 45eme km. Enfin on redescend sur
Lalinde par un chemin , boueux évidemment. Je pense à ceux qui vont
passer là dans quelque temps, bonjour la luge ! Ah ! Revoilà le canal,
on le retraverse et on le longe pendant 1 km, ça sent l'écurie ! Là, je
tente une accélération : partie de patinage. Je maîtrise très mal le
pas du patineur...
49,5km : goudron, arrivée imminente ! Devant moi la
silhouette dégingandée d'un coureur à l'agonie, à 200m. Celui-là je
me le fais ! Je le double dans les derniers 50m " ah non ! ",
râle-t-il ; trop tard mon vieux ! hi hi hi... Et là, je le reconnais,
c'est Olivier des "anonymes du campus". Je suis (presque) déçu
que ce soit lui. Tant pis. C'est la course. Hugo est là !
C'est fini. Je pointe : 50eme en 4h45'
On me remet un beau diplôme et un t-shirt. Tout en
reprenant mon souffle je vais serrer la main à Olivier :
- Sans rancune ? Bravo ! On se retrouve tout à l'heure
autour d'un verre ?
- Pas de problème…je suis vraiment cuit, et toi ?
- Pareil.
Hugo me guide vers les douches en m'expliquant dans le
détail le fumet de la soupe à l'ail, du rôti de porc et autres
confitures.
- T'as faim ?
- Oui ! mais je t'ai attendu ! Tu sais, j'ai rempli des
dizaines de bouteilles de rouge pour les mettre sur les tables !
- Bonne idée !
- Sinon y'a aussi de l'eau si tu veux
- Grrrrr !
On lui a offert un ticket repas pour son aide, sa
participation. C'est bien Hugo. Nous nous restaurons enfin au milieu des
centaines de coureurs épuisés. Certains n'ont pas pu attendre et avalent
goulûment leur soupe brûlante, encore tout crottés. Les commentaires
vont bon train :
- C'est pas tous les jours que l'on fait un cross de 50
bornes !
- Remarque on a pas eu la neige !
Je ne suis pas mécontent de ma course. Même chrono que
l'an passé alors que la plupart (le premier compris) ont mis une
demie-heure de plus. C'est l'entraînement assidu, ou le " métier
" qui rentre ? Pas le climat en tout cas ! A l'an prochain Lalinde,
peut-être, mais avec moins de pluie alors !
Joël DELMAS - Dossard
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